dimanche 7 avril 2019

Quelques jours de vacances en amoureux (1/3)

Voilà un moment qu’avec Sylvain nous pensons à repartir, nous voulons aller aux Baléares. Peu enclins à nous accompagner, il est convenu que les enfants seront gardés par mes parents le temps de notre escapade. On sait devoir laisser notre collègue tout seul au boulot, et la charge de travail que ça représente, mais il est vraiment de bonne composition et nous encourage à partir, alors que la saison vient juste de démarrer. Il aurait été plus facile pour lui que nous partions avant la réouverture du camping, mais les travaux d’hiver ont été longs, et ne sont toujours pas finis. On a bossé comme des malades et fait au mieux, et on a besoin de ces quelques jours de vacances.

Le jour prévu du départ, mes parents arrivent de bonne heure, mais Sylvain tient à terminer les nettoyages de mobil homes, et y consacre plusieurs heures, puis c’est un fournisseur qui débarque et décale encore notre départ. Mes parents ont dû être ravis de se lever super tôt pour nous voir partir seulement à 19h...

On guette la météo depuis plusieurs jours. C’est la dernière vague hivernale sur l’hexagone, et la mer ne sera pas épargnée par les vents froids. On décide donc de s’arrêter à Décathlon nous équiper un peu mieux : polaires bien chaudes et vestes étanches de croisiéristes font chauffer la carte bleue, mais c’est indispensable.

On largue les amarres le lendemain, avec presque 24h de retard. On prévoit une étape sur la Costa Brava, avant de tracer aux Baléares, car on nous a dit qu’au large de Roses, il y a une zone dépressionnaire où la météo est souvent pénible. Or, on part sous un vent de force 6 (vents de 39 à 49km/h), faisant déjà l’objet d’alertes vigilance par les sites météo. La prudence est de mise ; on ne déploie qu’une petite partie de voiles, nous mettant sous trinquette avec 2 ris dans la GV. Le toilage est suffisant, on avance à 6-7 nœuds, c’est une bonne moyenne, mais la mer est bien formée, avec des creux de vagues jusqu’à 2m ou presque. On aperçoit quelques dauphins au large de Sète, mais leur ballet est furtif, je n’ai pas eu le temps de les prendre en photo.

On apprécie particulièrement nos grosses vestes étanches, qui coupent bien le vent, et nous protègent des nombreuses lames qu’on prendra sur la figure  (Sylvain a pris la première sur le dos à l’instant où il enlevait sa petite veste pour mettre la grosse). Néanmoins, le vent est glacial et s’insinue sournoisement à travers mes 2 pantalons, pourtant recouverts d’un pantalon de pluie. Mes mains, comme toujours, sont glacées et douloureuses.

 

On se relaie à la barre, qu'il est impossible de confier au pilote auto, tant il faut régler en permanence, et s’ajuster sur les plus hautes vagues.
Le mal de mer nous saisis tous les deux, on n’avale quasiment rien. La fatigue accumulée des derniers jours et le froid n’arrangent évidemment pas la situation. J'ai bien du mal à tenir mon journal de bord.


Partis à 11h de Port Camargue, on sait qu’on n’arrivera qu’en fin de nuit sur le mouillage, alors on essaie d’aller dormir. Sylvain y parvient un peu en fin de journée, mais quand moi je m’allonge, à toute vitesse, le mal de mer et mes doigts douloureux me feront attendre le sommeil un long moment.
Je ne suis pas allée plus loin que le carré : le pied du mât est l’endroit qui bouge le moins sur un bateau. Sylvain me certifie bien dormir dans la couchette arrière, mais pas question pour moi d’essayer : le simple fait de ne pas barrer me rend malade, et les nausées surgissent dans les 4 secondes qu’il me faut pour descendre et m’allonger sur la banquette!

J’ai embarqué des chaufferettes, restes d’une session Canada hivernale, et en début de soirée j’en craque deux, que je serre bien dans mes mains. C’est vraiment pas écolo, mais la planète a un chouilla moins d’importance quand je me gèle depuis des heures (c’est moche, mais j’assume...).

Le vent a fini par se calmer en toute fin d’après-midi, nous déployons alors toutes nos voiles. Il faiblit au point de faire chuter notre vitesse à 4 noeuds, voire moins. Puis reprend brusquement en ayant changé de direction : il est passé d’ouest à sud, et on l’a en pleine face. On réduit à nouveau nos voiles, et on tente de louvoyer. Pas longtemps, on fait presque du sur-place. Alors, fatigués, toujours malades et gelés (surtout moi), on joue la facilité en allumant le moteur. Il est 20h, et on aura le vent de face jusqu’au bout. Les premières heures au moteur sont aussi éprouvantes que la majeure partie de la navigation. On est face au vent et aux vagues, qu’on prend de face, mais il fait nuit noire et on ne les distingue pas, on ne peut donc pas les anticiper. On pousse le moteur, mais notre vitesse reste de 3,5 noeuds en moyenne. En fin de nuit, heureusement, le vent se calme, la mer aussi. On prend nos quarts, et celui qui ne veille pas arrive à dormir. Moi aussi, toujours au pied du mât, toute habillée et sans même enlever mes chaussures (chaque seconde passée dans une autre position qu’allongée augmente dangereusement mes nausées).

On arrive au mouillage de Cala Culip à 5h30. La nuit, sans lune, est d’encre, on ne distingue rien, et comptons avec foi sur notre GPS pour nous guider.  On jette l’ancre par 8m, et on en lâche près de 40. On surveille un petit moment que le bateau ne bouge plus. Nous sommes bien abrités du vent par de hautes parois rocheuses qui nous entourent presque à 360 degrés, et de la houle, la baie étant grande, nous nous sommes décalés de l’entrée.
 On est glacés. Il fait 13 degrés dans le bateau, alors j’allume gaz et four pour nous faire une tisane et gagner un peu de chaleur.

On va se coucher éreintés, et toujours malade pour ma part. Je n’ai pu avaler que quelques fruits secs et un gâteau  de toute la journée. On dort habillés : on a beau avoir une bonne couette, il fait vraiment pas chaud. Les quelques heures de sommeil sur un plan d’eau calme sont particulièrement appréciées.  Puis, avec le petit déjeuner vient la grande question : qu’est-ce qu’on fait? Rallier Majorque nous demandera une navigation de nuit de plus, et deux pour le retour, avec très peu de temps sur place, et les prévisions météo annoncent majoritairement un vent de force 6, comme celui que nous avons affronté pendant 15h. Et mon mal de mer me tient toujours compagnie. L’envie des Baléares se fait moins pressante, et nous décidons d’y renoncer, car il ne serait en plus pas judicieux de reprendre le boulot complètement défoncés.




Mouillage de Cala Culip, vu le lendemain.

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