lundi 18 juin 2018

Saintes Maries, nous voilà!

Attention nouveauté : dorénavant il y aura moins d'explications dans le texte même, mais si vous cliquez sur les mots en gras, vous serez renvoyés vers un petit glossaire qui vous permet de suivre, sans que je me noie dans les détails (je le fais assez naturellement ! ). 

Il y a quelques jours, nous avons profité du passage des parents de Sylvain pour nous retenter une sortie sans enfants, au grand désespoir de Maëlyss qui ne veut ni naviguer, ni nous voir partir sans elle...

Un vent un peu fort s'annonce, de secteur nord à nord-ouest, sur les trois jours de navigation prévus, et naviguer à nouveau vers Marseille nous semble plus judicieux que tracer en direction de Perpignan (surtout aussi parce que le vent s'annonçait plus fort dans le golfe du lion que sur la cité phocéenne). 
Bref, nous voilà, fatigués et fort peu organisés, arrivant au bateau à 8h30 du matin. Sylvain aimerait partir rapidement, mais je lui casse les pieds pour que nous prenions d'abord le temps de changer l'écoute de l'enrouleur du génois qui est fort abîmée. Sentant que ma mauvaise humeur pourrait bien être à la hauteur du mistral qui nous attend si on part sans cette précaution, il cède, et entreprend de démonter l'enrouleur pour changer rapidement la corde. Enfin, rapidement, c'était l'idée, mais dans la pratique, évidemment, ça a été un peu plus folklorique ! Première étape : trouver sur Internet des infos pour savoir comment faire. On ne trouve rien de franchement explicite, mais finalement, on dévisse ce qu'on voit, et le démontage ne prend qu'un instant. Le vent est déjà bien présent, on ne peut donc pas déployer la voile pour bien caler la corde, que d'ailleurs nous enroulerons en premier lieu à l'envers... Mais bon, on s'en aperçoit tout de suite, et la modification ne prend pas longtemps. En revanche, on l'enroule un peu trop, et elle est trop courte ! C' est étrange, car mon infaillible sens du "à la louche", avec lequel j'avais mesuré l'écoute pour en acheter une nouvelle de la bonne longueur me fait rarement défaut.... Bref, on ajuste la longueur sur l'enrouleur, et finalement, elle va très bien ! (enfin, un mètre de plus n'aurait pas été du luxe, mais je ne vais pas admettre trop fort qu'une vraie mesure de la longueur nécessaire aurait été plus appropriée que mon estimation olé olé...). A la levée des voiles, on verra vite qu'on a fait des "nœuds" avec les autres écoutes sur le pont, et il nous faudra rapidement détacher certaines d'entre elles pour les repasser correctement. Bref, le n'importe quoi avec les cordages, ça nous connait ! (mais je pense que j'ai tord de m'en vanter...)






 
A presque midi, on arrive enfin à quitter le port, et vu l'heure, arriver à Marseille ne se fera qu'en début de nuit, ce qui m'intéresse assez moyennement. Le vent qui taquine bien aussi m'incite à opter pour un port plus proche, mais j'attendrai le dernier moment pour informer Sylvain. Fos et Martigues ne m'attirant pas le moins du monde, je mets le cap sur Saintes Maries de la Mer, soit tout-à-côté, mais tant pis. 

Je me suis shootée au Mercalm et à la menthe poivrée, bien décidée à profiter à fond de ma navigation cette fois-ci, et effectivement, je me régale ! D'autant que le vent venant de la côte, la houle est peu formée, et les vagues sont bien modestes. Les prévisions donnent un vent établi à 20-25 nœuds, et notre anémomètre, toujours pas étalonné, ne nous permet pas d'évaluer précisément le vent réel. On a pris un ris dès le départ, par précaution. Sylvain le lâche rapidement, sans que je m'en aperçoive (le temps d'une pause pipi ? Ce qui veut dire au passage que je ne regarde pas vraiment mes voiles, c'est moche !), car le vent, au début, est sans doute en-deçà des prévisions. 

Quand le vent se fait plus présent, on range le génois*, au profit de la trinquette*, heureux qu'un ami nous ait convaincus du bien-fondé de celle-ci, qui permet une navigation plus sécuritaire et plus agréable. 
* Le génois est une grande voile à l'avant du bateau, la trinquette est une voile plus petite et moins gonflée, située entre la grand-voile et le génois. Ceux qui n'en sont pas équipés utilisent le génois à moitié enroulé par gros temps, et c'est ce que nous avions commencé à prendre comme habitude, jusqu'à comprendre tout l'intérêt de la trinquette...

On avance à 7 nœuds de moyenne (soit 12.96 km/h, youhou, on est des dingues !), avec quelques pointes à 8 nœuds. C'est essentiellement moi qui tient la barre, aussi enthousiaste qu'une enfant de 3 ans déballant ses cadeaux de Noël, et Sylvain part dormir en cabine. Le vent forcit, mais étrangement je ne suis pas stressée le moins du monde. Je savoure le plaisir de guider ce voilier de 11 m avec une concentration de chaque instant, les rafales étant fréquentes, tout en songeant qu'à un moment ou un autre de notre long voyage, tenir la barre finira par me lasser, mais pour l'heure, l'excitation est entière ! Les rafales augmentent encore en puissance, et le bateau remonte au vent tout seul un peu brusquement à plusieurs reprises. Pas contrariée le moins du monde, je me cramponne à la barre pour redresser le navire, en me disant que je suis au moins aussi têtue que lui.

Les embardées du bateau n'ont pas échappées à Sylvain, qui me rejoint pour prendre deux ris. On avance un peu moins vite, mais tout de même plus en sécurité, et nous voilà déjà proches de Port Gardian. Sylvain sait que je ne changerai pas de route, et accepte de bonne grâce l'arrêt choisi. C'est la première fois que nous allons amarrer dans un autre port que le notre, et l'appréhension se fait légèrement sentir quand la capitainerie me confirme qu'on va amarrer sur pendille, la dernière manœuvre du genre, avec Johann et Valentin, ayant été un brin compliquée (voir l'article ICI). Il y a heureusement plusieurs autres marins sur le quai, qui viennent immédiatement nous aider. L'un nous lance une amarre depuis son bateau, sur lequel on va pivoter, pendant que les autres nous tirent vers le quai, luttant contre le vent qui nous ramènerait volontiers au large. On s'en sort bien, on ne prend pas de corde dans l'hélice ! Mais on est amarrés au quai par l'avant du bateau. "Ça va être sportif, pour descendre", observe justement l'un des marins, avant de rajouter "mais si vous êtes sortis par ce temps c'est que vous aimez les défis...".  Je réalise qu'effectivement, c'est un temps à rester au port pour la plupart des croisiéristes, et je tire une grande fierté d'avoir fait cette navigation en mode "même pas peur" ! 



On discute un peu avec nos voisins de ponton, le monde de la mer est chaleureux, puis on profite de l'après-midi pour se balader sur la plage et visiter la ville. 


Les typiques constructions camarguaise, et la croix régionale, symbole de Foi (la croix), Amour (le cœur), Espérance (l'ancre).

Ca souffle ! 

Le soir venu, on réfléchit à la suite de notre navigation. Il faut impérativement rentrer tôt le vendredi, car de la famille vient passer le week-end chez nous. Les calanques de Cassis dont on rêve depuis des mois sont donc à nouveau hors de portée, sauf si on navigue de nuit, mais étant tous les deux déjà fatigués, nous renonçons, d'autant que le mistral se maintien en bonne forme et que la navigation nécessitera une attention soutenue. On se dit qu'on peut rentrer sur Sète, se mettre au mouillage, avant de revenir sur Port Camargue le lendemain, ce qui fera deux nav' très raisonnables pour les jours suivants, mais les prévisions météo annoncent que le vent faiblira peu la nuit. Ce qui pour le coup, sera assez anxiogène pour moi. 
Le lendemain, on réévalue nos options, frustrés de n'avoir pas plus de possibilités de navigation, et de devoir, peut-être, raccourcir encore une fois le programme. 

Il est un peu étonnant de constater qu'il y a un couloir de vent à 25 nœuds des Saintes Maries à Marseille, un autre, de force égale, de Port Camargue à Agde, et qu'entre les deux, c'est plus calme. Mais le jeudi matin, les conditions météo ne s'étant pas améliorées, nous renonçons, et optons, à contre-cœur, pour un retour à la maison (et une reprise anticipée du boulot, beurk !). On quitte le port à midi passé, sous le regard blasé des jeunes marins d'en face qui eux aussi voudraient bien partir, mais dont le moteur à faible puissance ne leur permet pas de faire face à un tel vent. 


Pour le retour, nous avons le vent presque de face, ce qui nous ralentit considérablement. Proche des côtes, il nous faut prendre un cap qui s'en éloigne pour bien profiter du vent, et dès que l'on s'éloigne, le vent tombe ! Il nous faut parfois nous rapprocher des côtes au moteur... Impossible, malgré toutes nos tentatives, de trouver un cap correct, du coup, ben, on fait ce qu'on peut ! Mais si l'aller n'avait pris que 4h, le retour en prendra 7, et on finira les derniers milles au moteur, fatigués de lutter contre un vent capricieux, tantôt faible, tantôt vigoureux (selon notre distance de la terre, en fait...). 
Le petit plaisir du retour, c'est quand même l'appel reçu du bateau école : j'ai validé l'extension hauturière du permis mer ! Je suis heureuse d'en avoir fini avec tous ces apprentissages, mais me promets de les travailler régulièrement pour ne rien oublier. Un regret malgré tout : je n'ai pas appris l'utilisation du sextant, qui n'est pas au programme, et espère combler cette lacune avant le départ. Non que ce soit hautement important, mais disons que si nous tombions en rade de GPS + tablette + ordi, ou tout simplement d'énergie, le tout étant peu probable, le sextant pourrait s'avérer sensiblement utile pour trouver notre position, même si j'aurais une nette tendance à me fier de toutes façons à la route que j'aurais pris soin de tracer sur carte et d'actualiser régulièrement... 
On prend de plus en plus de plaisir à naviguer, c'est chouette, et nos compétences s'étoffent doucement mais sûrement. Le coup du bateau qui part au lof, Sylvain l'a sans doute vu dans ses cours, et peut-être même que j'en ai entendu parlé une fois ou une autre, ou lu, mais sans retenir ce cas de figure. Au moins, de l'avoir vécu, il s'inscrira plus durablement dans ma mémoire, pour que la prochaine fois je sois plus compétente sur ce cas de figure. On retient toujours plus de ses erreurs, et comme finalement on en accumule pas mal (sans refaire deux fois les mêmes, ouf !) je me dis qu'on progresse bien ! 


Port Camargue, plus grand port de plaisance européen, qu'on apprécie particulièrement. 

Cela dit, la saison estivale arrivant, nous n'allons plus avoir d'opportunités de sortir, accaparés par un boulot extrêmement chronophage, alors nos prochaines expériences seront sans doute issues de notre grand voyage, et il faudra faire avec ! 

vendredi 15 juin 2018

Le petit dico...



Anatomie d'un voilier : Pour tout comprendre quand j'évoque l'une ou l'autre partie de notre bateau, je ne peux que vous recommander d'aller voir ICI : LA VOILE POUR LES NULS, où vous trouverez des schémas très clairs !

ANNEXE : petit bateau à moteur gonflable, utilisé au mouillage pour rejoindre la côte. La loi dit qu'on ne peut l'utiliser que dans un rayon de 300m de notre bateau ou de la côte, et que le port des gilets est obligatoires. 

AIS (Automatic Identification System) :  Émetteur récepteur qui permet de "voir" et "être vu" par les autres navires équipés de ce système. On peut connaitre l'identité et la route de chaque navire, ce qui est particulièrement intéressant dans les zones de forte  fréquentation maritime. Tous les gros navires, commerciaux et professionnels, sont dans l'obligation d'utiliser cet équipement. Les petits bateaux ne sont pas soumis à la règlementation concernant ce système.


ANEMOMETRE : instrument de mesure du vent, composé d'une girouette en haut du mât, et d'un écran. L'affichage dans le cockpit nous permet de voir rapidement d'où vient le vent et à quelle vitesse (en tout cas, quand il est bien étalonné !).

ANTIFOULING : peinture que l'on applique sur la partie immergée de la coque du bateau, qui est censée améliorer un peu la glisse en ralentissant le dépôt des algues et coquillages sur la coque.

AULOFFER / partir au LOF : c'est le mouvement incontrôlable du bateau qui remonte seul au plus près du vent, malgré les efforts du barreur pour retenir le navire. Cela arrive si on est "sur-toilés", c'est à dire, si la surface des voiles sorties est trop importante par rapport à la force du vent. Quand on part au lof, c'est le signe qu'il faut rapidement diminuer ses voiles pour garder le contrôle du bateau.

 AVITAILLER / AVITAILLEMENT :pourvoir le bateau avant son départ de tout le nécessaire pour la navigation (vivres, eau, gasoil).

BARRER / BARREUR : Tenir la barre, que celle-ci soit une roue ou une barre franche. C'est le barreur qui lance les manoeuvres en les annonçant, après s'être assuré que l'équipage était prêt.

BMS : Bulletin Météo Spécial. Il est émis par le CROSS dès que les conditions météo se dégradent brutalement, ou qu'un vent violent est annoncé.

BÔME : barre transverse au mât qui tient la grand-voile par son bas. Elle est potentiellement dangereuse : à hauteur de tête des étourdis !

BORDER : Border les voiles, c'est les resserrer, en tirant sur les écoutes. Plus on aura le vent qui vient par 3/4 avant, plus on borde pour obtenir un bon réglage de voile. Si le vent vient du travers ou du 3/4 arrière, on choque les voiles !

BOUT : Sur un bateau, il n'y a pas de corde ! Ce terme n'est pas utilisé. Les bouts sont l'ensemble des cordages, qui sont ensuite définis selon leur fonction : écoute, drisse, amarre...

CARDINALE : Balise en mer informant les usagers d'un danger. Elle peut être de 4 types : Nord, Sud, Est, Ouest, se détermine par sa couleur et les symboles qui la surmontent, et il convient de passer par le côté indiqué (si c'est une balise Nord, on passe au nord de la balise ! Rien de sorcier...)

 CARENAGE : Ensemble des opérations qui visent à entretenir et/ou restaurer la partie immergée de la coque (que l'on appelle la carène). Le bateau est mis hors eau grâce à une grande grue sur roues et installé sur la zone technique. On peut alors librement nettoyer la coque, la décaper si nécessaire, et appliquer l'anti-fouling (peinture spéciale limitant l'adhésion des algues).

CARRE : C'est le "salon" intérieur. L'espace canapé - table.

CHANDELIER : Les  chandeliers sont des "piquets", le long du bateau, sur lequel tiennent les filières (câbles de sécurité).

CHOQUER : On dit qu'on choque les voiles quand on relâche un peu (ou beaucoup !) les écoutes. Par cette action, les voiles s'éloignent de l'axe du bateau.

COCKPIT : espace extérieur du bateau, qui comprend le poste de pilotage, et le lieu ou on peut manger, bronzer... Le pont, lui, est l'espace sous les voiles.

CROSS : Centres Régionaux Opérationnels de Surveillance et de Sauvetage. Il y en a 5 en métropole, et ce sont eux qui coordonnent les missions de recherches et sauvetages en mer, en collaborant avec la Sécurité civile, la Marine Nationale, l'Armée de l'air, la SNSM... Ils assurent également des missions de surveillance de pollutions marine et contrôle des pêches.

DESSALINISATEUR : matériel de filtration de l'eau de mer, qui peut être automatique ou manuel. L'eau de mer est purifiée et rendue propre à la consommation. Néanmoins, elle est tellement bien filtrée qu'il ne reste même pas les minéraux ! Il faut prévoir des compléments alimentaires quand on utiliser un dessalinisateur sur du moyen ou long terme pour éviter de sérieuses carences.

DRISSE : bout (ou corde) qui sert à hisser les voiles. Elle passe généralement dans le mât.

ECOUTE : bout (ou corde) latérale sur le bateau. Elles servent au réglage des voiles.

FILIERE : Ce sont les câbles qui font le tour du bateau, reliant les balcons (structure garde-corps en inox à l'avant et à l'arrière). Il y en a généralement 2 de chaque côté, tenus par les chandeliers. Sur Heimoana, nous avons rajouté des filets, fixés sur nos filières, pour éviter qu'enfants et petits matériels passent par dessus bord.

GÉNOIS : Voile avant du bateau, qui gonfle bien au vent, utilisée couramment par vent tranquille. C'est son action, combinée à celle de la Grand-Voile, qui permet au bateau d'avancer un peu plus vite que si nous levons une seule voile.

GITE :C'est le mouvement du bateau qui le balance de droite à gauche par rapport à l'axe vertical. La gîte est plus ou moins importante, favorisée par les courants. Avec un vent similaire, la gîte sera prononcée ou non selon la direction du bateau par rapport aux vagues.

GRAIN : Épisode météorologique bref au cours duquel le vent augmente brusquement d'intensité, change de direction, et peut être accompagné ou non de pluie et d'orage.

GRAND FRAIS : Vent soufflant de 28 à 33 nœuds (environ 50 à 60 km/h) de façon régulière, avec des rafales plus fortes. On le classe vent force 7, sur une échelle allant de 0 à 12, et c'est à partir de cette force de vent que le CROSS diffuse des messages d'alertes via la VHF.

GRAND-VOILE : Qu'on nommera souvent GV. C'est la voile principale, la première qu'on sort, et la dernière qu'on rentre. Elle est située au milieu du bateau.

 GUINDEAU :Système qui permet de jeter l'ancre ou la relever. Maintenant, la plupart ont un mécanisme électrique, mais le notre est manuel. Il faut savoir que non seulement l'ancre, mais aussi la chaine pèsent un âne mort.

HAUTURIER(E) : concerne toute navigation au-delà de 60 000 milles nautiques des côtes, soit... ben on vous laisse calculer, voir la ligne en dessous ! La bande de mer entre les 6 000 milles et les 60 000 milles est dite "semi-hauturière".

LAZY BAG : C'est le "sac" accroché à la bôme dans lequel la grande voile est rangée, pour sa protection lorsqu'on n'est pas en navigation.

LOUVOYER : Quand le vent vient franchement de notre cap, les voiles ne peuvent pas le prendre. Il faut donc avancer en zigzagant, pour obtenir l'angle de 30° minimum entre le vent et l'axe du bateau qui permet aux voiles d'utiliser le vent ; c'est ce qu'on appelle "louvoyer".

MILLE MARIN, ou MILLE NAUTIQUE : unité de mesure des distances utilisée en navigation. 1 M= 1852m

NOEUD MARIN : c'est l'unité de mesure de la vitesse utilisé en navigation, que ce soit pour parler de la vitesse du bateau, ou de celle du vent. 1 Nd = 1,852 km/h. On vous laisse calculer mentalement chaque vitesse évoquée...

PARE-BATTAGES : bouées qui permettent la protection des coques des bateaux. Ils sont de différentes formes, déplaçables et réglables rapidement, selon la hauteur du quai d'accostage ou la proximité immédiate d'autres navires.

PENDILLE : cordage sous-marin relié d'un côté au quai, de l'autre au fond du port. Pour s'amarrer, on accroche le bateau d'un côté au quai, puis on attrape la pendille et on la fait glisser le long du bateau, jusqu'à l'autre extrémité pour l'accrocher. Ainsi attaché par ses deux extrémités, le bateau ne bouge pas, malgré le vent et la houle.

PÉTOLE : absence totale de vent. Y'a plus qu'à attendre, ou allumer son moteur !

RIS : Les ris sont des points d'accroche sur la partie inférieure de la Grand-Voile. Par vent fort, on prendra le premier, le deuxième ou le troisième ris, pour réduire de plus en plus la surface de voile exposée au vent.

 SAFRAN : Partie immergée qui permet de diriger le bateau, sous l'action de la roue (Voir le lien sur "Anatomie du voilier")

SPI (SPINNAKER) : Voile très légère, qui ne reste pas en place, on la monte uniquement lorsqu'on l'utilise, et qui permet d'avancer un peu mieux quand le vent est faible (max 10 noeuds, les plus expérimentés l'utilisent jusqu'à 15 noeuds).

TRINQUETTE : Voile de petite surface, utilisée quand le vent est fort, car contrairement au génois, elle ne gonfle pas, et offre plus de stabilité au bateau. Elle se situe sur la partie avant, entre la GV et le génois. C'est celle qui nous gêne quand on veut tendre le hamac sur le pont, mais qu'on est bien contents de déployer quand le vent est en bonne forme...

VHF / VHF ASN : La VHF (Very High Frequency) est la radio embarquée à bord des navires, qui permet de communiquer avec la côte (ports, sémaphores...), avec les organismes de secours (CROSS) ou entre bateaux. Depuis quelques années, elles sont toutes équipées du système ASN : une touche permet l'envoi rapide par message texte d'un avis de détresse et des coordonnées du navire. Tout navire ou tout organisme d'assistance à portée du signal sont prévenus instantanément, ce qui concours à une meilleure réception et prise en charge d'une détresse en mer.

WINCH : Bornes sur le bateau, autour desquelles on enroule les bouts. Une manivelle sur le winch permet de démultiplier notre force, et donc de pouvoir hisser les voiles, par exemple, bien plus facilement que s'il fallait tirer dessus à bout de bras.

samedi 2 juin 2018

MERCI !

Avec la requalification de notre projet (pour rappel, le projet initial était de faire le tour de la Méditerranée, mais nous optons finalement pour une transatlantique et le tour des Antilles), les frais liés à l'équipement du bateau s'en sont trouvés considérablement augmentés. En puisant au fond de nos ressources (personnelles et familiales), nous pouvions trouver une grande partie des sommes à ajouter, mais il nous semblait difficile de pouvoir tout couvrir. 

Des amis nous ont longuement incités à ouvrir un pot commun, afin de "donner aux potes l'opportunité de pouvoir nous financer" ! L'idée a fait son chemin, et a abouti, effectivement, à l'ouverture d'une cagnotte collective. 

Celle-ci s'est clos le 31 mai, et nous tenions à remercier très sincèrement toutes les personnes qui ont participé, via le pot, ou en direct, à ce financement collectif
Nous avons reçu à ce jour 4 610 € ! 
C'est énorme, nous sommes particulièrement touchés par chacun de ces gestes, petit ou gros, voire très gros, et avons été émus par la provenance de ces dons : notre cercle familial, bien sûr, mais aussi des amis proches, des moins proches, des anciens proches perdus de vue, une inconnue... 

Merci aussi à ceux qui ont partagé les posts sur FB, nous offrant ainsi une plus grande visibilité, chaque geste a compté. 

Pour que vos dons ne restent pas abstraits, sachez que vous nous offrez les panneaux solaires ! Ou la capote de descente... Et pour ceux que ça intéresse, voilà le détail des aménagements qui vont être faits courant juillet, pour la majorité, selon le devis que nous venons de signer (je précise qu'on a toujours opté pour les gammes ou options les moins chères) :

- portique arrière (structure inox qui supportera les panneaux solaires et l'annexe. Nous en avions un, mais très insuffisant pour la charge qui doit être ajoutée, le technicien ne peut pas partir de l'existant,  que nous avons d'ailleurs pété, il faut donc tout remplacer) : 4 927 €

- dessalinisateur (pour rendre potable l'eau de mer, c'est un confort pour la traversée, sans quoi il faudrait embarquer l'eau potable pour 4 personnes pendant 4 semaines, ce qui prend beaucoup de place et alourdi fortement le bateau, et renoncer aux douches) : 3 660 €

- Panneaux solaires : 2 494 €

- Éolienne : 1 390 € 

(il est primordial d'avoir les deux, panneaux et éolien, pour générer suffisamment d'énergie pour tous les équipements : frigo, radio, instruments de navigation : GPS, pilote automatique, anémomètre, sondeur... Et malgré ce double équipement, il nous faudra apprendre l'économie et la gestion d'énergie !)

- capote de descente, dont certes, fondamentalement on pourrait se passer, mais en vérité, ce petit portique couvert de tissus qui viendra abriter l'ouverture du bateau permettra de nous abriter un peu du soleil, mais aussi de la pluie : 2 115 €

- Pack de batteries neuves et convertisseur : 966 €

- VHF ASN (nouvelle radio équipée d'un système permettant d'envoyer très rapidement nos coordonnées GPS et le type d'avarie que nous subissons, ou de recevoir de façon claire et précise les informations concernant un autre navire en difficulté, notre radio actuelle datant au moins du moyen âge...) : 299 €

 - fournitures diverses (câbles et autres, nécessaires aux installations) : 1 500 €

- main d'oeuvre (totale, pour l'ensemble des travaux) : 2 816 €. On fera tout ce qu'on peut nous-même, néanmoins, on manque de temps et de compétences pour la plupart des installations à faire...

On n'a pas mis les autres équipements à acheter, qui étaient déjà prévus dans le plan initial, type téléphone satellite, bracelets "homme à la mer"...

Restent sur liste d'attente, en cas de découverte miraculeuse d'un lingot d'or dans le jardin, ou d'autres financements :

- l'AIS : système de détection et d'information des autres navires équipés de ce même système, mais qui ne dispense pas d'une veille permanente, puisque certains petits navires n'en sont pas équipés : 999 €

- les équipements de loisir : paddle gonflable, équipement de plongée, petit équipement de pêche si j'arrive à me résoudre à tuer un poisson...

Vous l'avez compris, réaliser ses rêves, ça n'a pas de prix. Mais se donner les moyens d'atteindre ses rêves, ça, c'est un budget titanesque !



Nous avions annoncé un tirage au sort parmi les participants au pot commun, pour la remise d'un colis souvenir au terme de notre voyage. Il a eu lieu, et le colis sera pour David et Audrey ! Mais on enverra une carte postale à chacun des participants au cours de notre périple 😉



Encore une fois, MERCI, à tous ceux qui ont participé ! 
On vous montrera fin juillet les photos des travaux qui auront été réalisés. 

mardi 22 mai 2018

Premier mouillage !

Après moult tentatives échouées, que ce soit à cause de la météo ou d'aléas personnels, la semaine dernière nous nous décidons à sortir, coûte que coûte, sur 3 jours, pour faire une nuit dans un autre port, puis une nuit au mouillage, car il devient urgent et impératif de nous former.


 
Le premier jour, le vent s'annonce plutôt fort, à 25-30 nœuds, on sait donc que la navigation va être intense, mais nos enfants sont absents, ce sera déjà leurs angoisses de moins à gérer. Nous sommes super motivés et nous levons aux aurores. Mais alors que nous sommes prêts à larguer les amarres, l'anémomètre* ne fonctionne pas du tout... On avait repéré lors de la précédente navigation qu'il fonctionnait mal, mais n'avions pas eu l'occasion de le réparer entre temps. On hésite donc longuement à sortir, et je me lance à préparer un café le temps de nous décider (car, impatients, nous avions décidé de déjeuner une fois en mer). Oh, plus de gaz ! Du coup, plus besoin de tergiverser : on ne peut tout simplement pas partir sans gaz, car on a bien l'intention de manger, tout de même, au cours de ces 3 jours.

*anémomètre : instrument de mesure qui nous permet de connaitre en temps réel la force et la direction du vent.

Nous sommes dépités de voir encore une fois nos plans contrariés, et le mardi sera donc consacré à divers travaux et courses :  montées au mât pour démonter, puis remonter après nettoyage la sonde de l'anémomètre, aller chercher une bouteille de gaz, et quelques travaux d'entretien sur le bateau, histoire de faire passer la journée.

Cette première montée au mât est toute une aventure ! C'est Sylvain qui s'équipe du baudrier, et moi qui doit le monter et l'assurer. Je ne suis pas complètement à l'aise, et au cours de son ascension, je mettrait quelques secondes (de trop !) à identifier un étrange bruit, que j'attribuerais à tord au winch. Le temps que je me rende compte qu'il s'agit en fait d'une écoute qui s'est coincée dans la poulie, entrainée par la drisse que je suis en train de tirer, elle est sacrément bien bloquée ! Et Sylvain se retrouve donc en stand bye à mi-hauteur du mât. Les mauvaises langues pourront dire que ce genre de problème ne serait pas arrivé si mon pont avait été bien rangé, et elles auraient raison... Pour l'heure, il s'agit de décoincer cette fichue corde, coincée à mort dans ma poulie ! J'ai beau tirer de toutes mes forces (de femme, hum...) et tenter d'utiliser le winch, rien n'y fait. C'est Sylvain, pendouillant au mât qui finit par avoir LA bonne idée : rallonger mon écoute par un autre bout, utiliser une poulie qu'il avait eu la bonne idée d'amener avec son baudar en la plaçant à l'avant du bateau, ce qui me permettait d'utiliser un autre winch tout en laissant l'écoute dans l'axe le plus droit de la poulie (vous n'avez sans doute rien compris, mais ça ne devrait pas vous empêcher de dormir, c'était juste une installation un brin plus élaborée pour tenter de décoincer enfin la corde !). Et là, ouf, ça marche ! Je prends donc le temps de dégager bien loin de ma poulie l'inopportune avant de reprendre la montée au mât de Sylvain. Il démonte sans difficulté la sonde, et la descente en rappel se fera bien plus vite que l'ascension... L'après-midi, après un nettoyage minutieux de la sonde, Sylvain remonte au mât pour la réinstaller, et un voisin vient gentiment proposer son aide, que je décline, après l'avoir bien remercié, car après tout, je suis super balèze ! (enfin, soyons honnête, la merveilleuse technologie du winch à double vitesse me permet de le monter sans trop de difficulté, et mon pont mieux rangé m'épargne des soucis...)

Sylvain vu d'en bas, le matin à la première montée.

J'ai un mal fou à apprendre et retenir les nœuds utiles, mais celui-là s'est fait tout seul, résidu des activités scoutes de ma jeunesse... 

Faut pas avoir le vertige, là-haut, car même bien arrimé au port, ça tangue !

Le reste de la journée, nous nous équipons en gaz, et avançons quelques travaux sur le bateau, car nous savons qu'en ne partant qu'en milieu de journée, le plan de route initial n'est plus possible.

L'idée, au départ, c'était :
- jour 1 : navigation jusqu'à Marseille, nuit au port
- jour 2 : navigation jusqu'aux calanques de Cassis, mouillage et balade pédestre sur ces côtes magnifiques
- jour 3 : retour at home

Le plan final fut :
- jour 1 : brève déprime et entretien
- jour 2 : navigation jusqu'aux îles du Frioul et mouillage
- jour 3 : retour

Après la déconvenue du premier jour, nous nous remotivons à bloc pour un départ mercredi matin. On comprend qu'après le nettoyage de l'anémomètre il faut le recalibrer, ce qu'on ne peut pas faire tout de suite, il ne sera donc pas forcément d'une grande utilité. Tant pis. On largue les amarres de bonne heure, en se disant à nouveau qu'on déjeunera en mer.
Je sais qu'en ce mercredi le vent annoncé est encore de 20-25 nœuds, mais toute à mon excitation j'en oublie de prendre les traitements anti-mal de mer... Nous voilà lancés dans une mer formée, et prenons un ris par sécurité. On avance bien, à 6.5/7 nœuds (oui, 11 km/h... Marseille est hyyyyper loin en voilier...), mais Sylvain, qui s'occupe du réglage des voiles, sent bien passer les creux de vague de 1 à 2m. Je suis à la barre, et l'attention est constante, car les réglages doivent l'être aussi. J'essaie d'épauler correctement les vagues, et bien qu'impressionnée par ces creux les plus importants de ma très courte histoire de navigatrice je me surprends à vraiment aimer la mer ! Je m'éclate, littéralement, pendant que Sylvain essaie de survivre.
Puis nous changeons de cap, pour nous diriger tout droit vers notre destination. On se retrouve alors par vent arrière, et on prend les vagues par 3/4 arrière. Cela bouge un peu moins à bord de Heimoana, mais on perd de la vitesse, pour n'avancer plus qu'à 5/6 nœuds.

Vers midi, c'est le drame... Ma vessie se rappelant à mon bon souvenir, il me faut descendre. Le combo fatigue accumulée / petit déj sauté / passage en bas / oubli des traitements anti-mal de mer m'explose, et le reste de la journée me verra échouée lamentablement dans un coin du bateau, telle une méduse sur la plage qui attend que le soleil l'achève. Une migraine et une violente allergie (mais à quoi, en pleine mer ? Le mystère est entier...) s'assurent de bien m'immobiliser jusqu'au soir, et Sylvain doit se débrouiller seul tout du long.



La navigation reste sportive jusqu'au soir. Le fait de tenir la barre permet à Sylvain de retrouver ses esprits, et heureusement, car à seulement 2 personnes sur le voilier, on ne peut pas se permettre d'être malades en même temps.
La météo a rendu les plaisanciers frileux, et les seuls bateaux que nous croisons sont les chaluts de pêche, puis, à l'approche de Fos sur Mer et Marseille, des cargos et des ferrys. Traverser leurs couloirs de navigation est pour le moins intéressant : ces énormes bâtiments avancent bien plus vite qu'on ne l'imagine ! Et nous, moins vite que nous le voudrions... Quand enfin nous approchons des îles que nous visons, la journée touche à sa fin, et si le soleil n'est pas loin de disparaître, le vent, lui, reste infatigable. Je sors plus ou moins efficacement de ma léthargie pour aider Sylvain un minimum au moment de ranger les voiles, et la manœuvre est un peu folklorique.


Les îles du Frioul sont belles, brutes, abruptes, sauvages, nous sommes enchantés de les aborder par la mer ! Le mouillage, repéré sur la carte, semble plus petit dans la réalité que ce que je l'avais imaginé, et la crique est bordée de rochers. Nous avons choisi le site en fonction du vent, prévu dans la nuit et sur le matin, pour nous en abriter le plus possible. Reste que la houle, provoquée par les vents, persiste quelques heures après qu' Eole ne se relaxe, et nous la sentirons bien toute la nuit.
On jette l'ancre, vraiment, pour la première fois. Elle n'est pas graduée, difficile de savoir combien de chaîne on lâche. On observe, on hésite, on en lâche un peu plus. Chacun de nous fait des relevés, pour s'assurer qu'on ne bouge pas. Finalement, au bout d'une bonne demi-heure, on se détend, et on savoure l'intense sentiment de liberté d'être là, entourés d'eau, au sein d'une crique superbe, bercés par le clapotis de la mer sur la coque et émerveillés du ballet des mouettes. Le jour s'éteint déjà, on n'a ni le temps, ni vraiment l'énergie, de gonfler l'annexe pour aller se balader sur cette île que nous aurions pourtant aimé découvrir. Sylvain se colle à la cuisine, tandis que je récupère doucement mes esprits, ayant enfin réussi à prendre mes différents traitements. On mange un peu pour la première fois de la journée, en tout cas autre chose que les quelques gâteaux à peine grignotés.





Si nous étions seuls en soirée, deux voiliers sont arrivés en début de nuit au mouillage, et nous imaginons, devant les quelques 4 minutes qu'ils mettent à mouiller et à se poser, qu'eux n'en sont pas à leur première ancre jetée.

La nuit et le repos sont bienvenus après cette journée éprouvante, mais il est bien difficile de ne pas stresser sur l'hypothétique décrochage du bateau. Alors on se lève régulièrement, pour s'assurer d'être toujours au même endroit, et le sommeil en est altéré. J'avais programmé mon réveil toutes les heures et demi, mais il n'a jamais sonné, je me réveillais toujours spontanément avant ! Malgré la houle qui agite le bateau, nous restons bien à l'endroit prévu. Alors que j'essaie de me rendormir pour la 10e fois de la nuit, je me dis que le jour où j'arriverai à dormir sereinement et d'un trait sur un mouillage, je serai sans doute capable de dormir dans n'importe quelle autre condition, même pendue dans un hamac au cours d'un léger séisme...

Au matin, il n'y a pas le moindre brin d'air. Pétole, comme disent les marins. Nada. On le savait, mais on espère malgré tout pouvoir attraper une faible brise dans le courant de la journée. On part de bonne heure, après, cette fois, un bon petit déjeuner, conscients que le retour au moteur va être rudement long. Après s'être si bien agitée la veille, la mer est d'un calme désarmant. Tant mieux, mon système digestif appréciera la pause. Le ciel est très chargé au départ, mais nous éviterons les gouttes. Il se dégage au cours de la journée, et les couleurs du ciel et de la mer sont magnifiques, changeantes et reflètent 1000 éclats.







 Nous choisissons une route plus courte qu'à l'aller (nous nous étions bien écartés des côtes, à la recherche d'un trajet nécessitant le moins de changement de direction possible), car au moteur nous avancerons difficilement à plus de 4 nœuds. On s'estime heureux que la révision complète du moteur ait été faite, et que le technicien nous ait fait changer une pièce qui, je cite : "bah, ça c'est une sous-marque bas de gamme, si vous passez du temps au moteur, elle va surchauffer, et péter". Devant les 11h de navigation sans vent prévues, on est presque contents des quelques 1500 euros lâchés dans ce moteur.

On déploie malgré tout les voiles, dans l'espoir illusoire d'augmenter sensiblement notre vitesse. Notre recherche d'une brisounette pour gonfler les voiles s'avère presque inutile. Quand, au bout de 8h de fonctionnement non stop, le moteur montre un petit signe de faiblesse (ralentissement soudain), je me demande s'il ne serait pas judicieux de l'arrêter un moment. Sylvain, lui, ouvre grand tous les accès au moteur, qui effectivement a bien chaud, contrôle l'état général, puis tente de le pousser, le ralentir, le repousser à fond, et il répond sans difficulté. Mais il sait que ça me stresse, on l'éteint donc, pour le laisser refroidir. Le semblant de courant d'air nous permet d'avancer à 2 nœuds... A cette allure, je crains qu'on arrive chez nous pour Noël ! Or, le lendemain on bosse dès 8h. Du coup, au bout de 3/4 d'heure, on rallume le moteur, qui ne fera plus le moindre caprice jusqu'à l'arrivée. A-t-il sérieusement surchauffé, ou avons-nous pris un déchet/ une algue dans l'hélice qui est parti quand Sylvain à poussé le moteur ? Difficile de savoir...

Même si la mer est très calme, aucun de nous n'a eu envie de manger le midi. On s'est improvisé un bol de purée déshydratée, vraiment pas terrible, et on a grignote des fruits secs. La contemplation des vastes étendues bleues me va bien, mais Sylvain s'ennuie et entreprend d'installer les filières achetées la veilles pour remplacer les cagnards très abîmés (les panneaux en toile proches du cockpit, desquels nombre d'entre vous a pu apprécier l'état d'usure majeur...).


Pressés d'arrivés, notre matériel est tout bien rangé largement avant notre entrée au port, et l'accostage se fera rapidement. Le temps que je décharge nos affaires Sylvain nettoie le pont, et nous voilà repartis vers nos quotidiens chargés. Cette première "vraie" sortie, et sans aide, nous donne vraiment le goût de l'aventure qui nous attend. L'envie de découvrir plus la beauté de l'immensité, d'appréhender la nature brute, puissante et sauvage par un étroit contact, de continuer d'apprendre à lâcher prise sur ce que je ne peux maîtriser me démange et m'effraie à la fois. L’ambiguïté de mes émotions va longtemps être une gageure, mais quelle fierté de repousser mes limites et mes barrières mentales, de maîtriser mes peurs, de me découvrir plus forte que je ne l'aurais jamais imaginer ! 


L'état de santé de Killian n'est finalement ni inquiétant, ni totalement rassurant. Si l'ostéome reformé est une réaction osseuse excessive, alors ça va, et le chirurgien est en faveur de ce diagnostic. Mais aujourd'hui rien ne permet d'être sûr que la tumeur ne s'est pas installée dans l'os et oeuvre pour l'instant en silence. Ce sont les imageries de septembre qui détermineront notre possibilité de partir ou non, mais on veut y croire, on se prépare à ce départ qu'on espère de tout cœur, et on croise les doigts  pour que les ennuis de santé de notre fils ne soient désormais plus qu'un souvenir. 

mardi 1 mai 2018

M - 5 avant le départ

Aujourd'hui, nous sommes à 5 mois jour pour jour du départ. Est-ce qu'on est prêts ? Non, assurément pas. Il y a encore beaucoup de travaux sur le bateau, et notre expérience est bien faible. Est-ce qu'on a hâte ? Oui, évidemment. Hâte de sortir de nos vies réglées au millimètre, des contraintes, du bienséant et de la pensée commune. Hâte de nous bousculer de la torpeur d'un quotidien trop monotone. Vivre la vie, la vraie, l'aventure qui se rythme autant avec les joies intenses qu'avec les doutes et les galères. La Vie où le relationnel et la contemplation l'emportent sur le matériel.
 
On a peur, aussi, un peu. Est-ce que vraiment on est capable de vivre cette aventure de la traversée transocéanique ? En a-t-on mesuré tous les risques, et sommes-nous prêts à tous les courir ? Sylvain aime les défis, mais moi qui suis une casanière angoissée, il me semble essayer de repousser mes limites largement au-delà de ce que je me serais cru capable.
 
Le doute et l’excitation s'entremêlent constamment, et mes émotions font les montagnes russes.



Quand je regarde le chemin que j'ai parcouru, je vois des gamelles, petites et grosses, des avalanches qui ont failli m'enterrer, mais aussi de sacrées victoires sur moi-même, et sur la vie ! Longtemps enfermée dans la bulle invisible de la phobie sociale, j'ai passé des années à essayer d'être transparente, tout en me détestant de m'infliger une telle souffrance. Puis il y a eu LES Rencontres ! Ces rencontres de groupe, auxquelles j'ai participé en y glissant d'abord juste un orteil, partagée entre l'envie de vivre quelque chose de fort, et la peur du regard des autres. Durant les premières, je me planquais dans ma chambre et jouais la montre. Mais ces Autres, bienveillants, m'ont attirée à eux, petit à petit. Et surtout, il y a eu mon fabuleux ami, Louphi, qui au gré de discussions personnelles, devant un feu et une tisane à la main ou en voiture (que j'aime ces trajets partagés !) m'a ouverte à moi-même, m'a aidée à accéder à celle que j'étais et dont j'ignorais même l'existence. Mon ami Chris aussi a été un atout majeur dans ma découverte de moi-même. Merci infiniment à tous les deux !
Aujourd'hui, ma vie est transformée. J'aime sincèrement faire de nouvelles rencontres, et il m'arrive même de les provoquer. Quel plaisir de rencontrer l'Autre, ce cohabitant d'une planète si belle qu'elle en donne le vertige, de découvrir, ou au moins tenter de découvrir la richesse de chacun ! Quelle curiosité de sortir de ma zone de confort pour aller rencontrer l'Humain dans son lieu de vie et avec ses coutumes ! Et je veux initier mes enfants à cela, à distinguer la beauté dans la simplicité d'un échange. A voir chez cet "étranger" qu'on enferme dans des clichés aussi méprisables que dangereux tout ce qu'il a de commun avec nous.

Je veux aussi voir ce que la Nature a de plus beau, et ne le verrai qu'en me dépouillant de ce qui m’enchaîne : les peurs, le socialement "normal", le trop raisonnable. Je rêve de voir les algues phosphorescentes que nos amis nous ont décrites, avec encore des étoiles dans les yeux, je veux contempler  l'immensité de l'océan, et la beauté des animaux et des paysages que l'homme n'a pas encore pu domestiquer. Et je veux voir tout ça maintenant. Parce que la tumeur cérébrale qui a atteint notre fils nous a rappelé, avec une grande violence, que la Vie peux s'arrêter n'importe quand et sans préavis. Pourtant, la précarité de l'existence est une idée que je porte en moi depuis longtemps : j'aime passionnément les coquelicots et les papillons, tous deux de belles espèces sauvages, non domesticables, et caractérisées par une vie bien courte... "Savoure chaque instant de ta vie !", c'est mon crédo. "Dis à ceux que tu aimes combien et pourquoi tu les aimes !", c'est aussi une de mes lignes de vie, mais c'est plus difficile à mettre en œuvre ! Encore des barrières à faire tomber...

Enfin, et surtout, je veux vivre des temps de qualité en famille. Les années écoulées ont laissé des traces. Mon fils a subit un harcèlement scolaire, ma fille a d'importantes allergies alimentaires qui parasitent sa vie sociale et sa gourmandise d'enfant, les deux ont souvent du mal à trouver leur place dans leurs groupes d'amis, et nous ne leur accordons pas le temps que l'on voudrait pour les soutenir et les aider à grandir, ça me désole. Dans notre couple aussi, 15 ans de mariage et un boulot plus que chronophage ont fait la part belle à la routine, et l'absence de communication nous a parfois conduit plus à de la colocation qu'à une vie de couple. J'ai eu envie de partir. Très fort. Mais aujourd'hui je veux rebâtir ce qui peut l'être.
Ces derniers mois, et encore actuellement, des évènements sont venus provoquer des cataclysmes émotionnels, et il me semble que ma tempête intérieure s'autoalimente dans un tourbillon où je perds pied. Il y a quelques jours on a détecté une nouvelle "bosse" sur le crâne de Killian, grosse, effrayante. Peut-être anodine, peut-être messagère d'une nouvelle que j'aurai beaucoup de mal à encaisser... On attend de nouvelles images et l'avis du chirurgien, dans quelques jours, non sans une certaine angoisse.

Ce voyage, c'est donc une bulle intemporelle que j'appelle de toutes mes forces, où les heures ne compteront plus, où face à la beauté et à l'immensité de la Nature j'espère retrouver la paix. J'ai l'espoir que rien ne viendra parasiter notre vie de famille, et que seule la relation authentique aura droit de cité, pour la construction, ou la reconstruction de chacun de nous.
 
La peur face à l'inconnu qui est la mienne et que j'ai évoqué plus haut  est aussi devenue la compagne de nos parents, que notre projet empêche parfois de dormir. Je le comprends, et nous leur sommes reconnaissants de ne pas tenter de nous décourager. Ils nous soutiennent malgré leurs appréhensions, et brillent par leur résilience. Merci, vous êtes tous les quatre merveilleux !

Si c'est bien la traversée de l'Atlantique qui est la plus anxiogène, le danger sera en réalité toujours un peu présent : près des côtes, à l'embouchure des fleuves qui trimballent des troncs et autres débris qui peuvent heurter notre coque, sur les rochers qui affleurent, au mouillage où l'ancre peut décrocher, dans les vents changeants et parfois violent, par temps de brouillard... Nous serons prudents en toutes circonstances, mais n'élimineront jamais le facteur "pas de chance". C'est là que j'éprouverai ma foi, cette confiance aveugle dans le fait que Dieu existe, et que quelles que soient les difficultés de la vie, dont les croyants ne sont pas plus épargnés que les autres, Il sera à nos côtés pour renouveler nos forces et nous aider à aller de l'avant.  Je n'ouvrirai pas ici un débat sur l'existence ou non de Dieu, ni sur la croyance qui est la mienne et que certains qualifieront d'absurde. Désormais, ce que les autres pensent je m'en "contre-balance", je me suis affranchie des jugements hâtifs et sans fondements, et même de la simple opinion des autres à mon sujet. J'ai, pour ma part, déjà tellement expérimenté sa présence et son action dans ma vie que plus aucun doute n'est possible. Je ne tiens pas non plus à avoir un échange théologique enflammé avec ceux qui sont persuadés que Dieu a un plan pour chacun, qu'Il nous impose et auquel nous devons adhérer, sous peine d'être privés de ses bénédictions. Je pense qu'en Bon Père Aimant, il nous laisse choisir notre voie, aussi sinueuse soit-elle, et qu'Il nous accompagne dans toutes nos aventures pour peu qu'on lui laisse une place à nos côtés.

C'est donc dans cet état un peu fébrile, et avec l'humilité que nous imposera Dame Nature, que nous nous préparons à cette aventure extraordinaire. J'ai validé le CRR* et le permis côtier, et me prépare à passer l'extension hauturière ; tandis que Sylvain prend des cours de voile, et que nous grappillons des infos utiles à droite et à gauche. Nous sommes complémentaires dans nos fonctionnements, et c'est souvent une force. Nous aurions voulu avoir déjà tenté plusieurs mini-croisières, avec prise de quart et mouillage, mais chaque tentative a été déboutée par la météo ou d'autres événements externes. C'est pas grave, on apprendra sur le tas ! Durant l'été, je vais tenter de sortir avec l'un ou l'autre de nos voisins de pontons, tous, à priori, de bons navigateurs ; Sylvain, lui, sortira probablement aussi (mais en été, nous n'avons pas un seul jour de repos en commun, d'où le plan étrange de sortir chacun à tour de rôle).


*CRR : certificat pour l'utilisation de la radio


En septembre, je ferai le carénage et l'anti-fouling*, et préparerai le départ, alors que Sylvain bossera encore. Au 1er octobre, si tout va bien, nous larguerons nos amarres physiques, sociétales et émotionnelles pour nous lancer dans cette aventure que nous attendons avec impatience, et qui, sans aucun doute, nous transformera fondamentalement. Il faut avoir confiance en la Vie, en soi et dans le matériel qu'on a préparé, m'a dit Johann. C'est sans doute bien résumé ! Il n'y a plus qu'à se lancer...

* carénage : nettoyage de la coque du bateau, qui peut se faire au mouillage en mer avec un équipement de plongée, ou en faisant sortir le bateau de l'eau. L'anti-fouling est une peinture spéciale pour protéger la coque et augmenter sa glisse sur l'eau. 

 
 

lundi 9 avril 2018

Action formation

Si le hasard fait parfois bien les choses, et pour peu qu'on s'ouvre un minimum à ce que la Vie a à nous offrir, il en résulte des moments forts et de belles rencontres. Ce fut le cas ce week-end, pour notre plus grand plaisir !
 
Il y a quelques temps, des amis nous ont parlé de copains à eux qui avaient relié l'an passé en voilier Lorient à Bali, en passant par la Méditerranée et le canal de Suez. Ils proposaient de nous mettre en contact pour que nous puissions grapiller des infos utiles auprès des bons navigateurs qu'ils sont. La phobique sociale que j'étais jusqu'à il y a quelques années aurait dit "non" catégoriquement, mais heureusement, de fabuleuses rencontres et un ami plus que parfait m'ont largement aidée à sortir de ce  fonctionnement assez handicapant, et nous avons donc contacté ces hommes. Les premiers échanges par messages m'ont tout de suite mise en confiance (grande nouveauté pour moi ! Apprécier quelqu'un avant même de l'avoir rencontré, ça frise le surréalisme...), et nous attendions avec impatience ce week-end de formation avec eux.
 
Eux, ce sont Johann et Valentin, deux hommes en or qui ont fait preuve de patience et de pédagogie tout au long du week-end. Un vrai bonheur !
 

 
 
Le plan initial était une escapade jusqu'à Marseille ou si possible aux Calanques, avec navigation de nuit et court mouillage, mais la météo en a décidé autrement. Nous guettions les jours précédents un vent assez fort, que nous redoutions et qui s'est bien manifesté. Samedi, bien que les prévisions marines annoncent un vent pointant jusqu'à 50 nœuds, nous décidons de sortir, quitte à ne pas aller loin pour revenir à l'abri dès qu'il forcirait. Je m'arme de plans anti-mal de mer, la dernière sortie m'ayant laissé un mauvais souvenir : Mercalm, bracelets d'acupression et menthe poivrée, je suis parée !
 
Finalement, le matin, nous naviguerons 1h30 au moteur avant qu'Eole ne daigne pousser un minimum nos voiles. Le vent reste modéré une partie de la journée. Un peu stressée, je demande quand même un demi-tour en début d'après-midi, redoutant de nous retrouver dans des conditions météo difficiles. Pourtant, je ne suis pas plus inquiète que ça : si nous nous n'avons pas l'habitude, Johann et Valentin ont essuyé de sacrés grains et des conditions météos pourries un paquet de fois au cours de leur périple, ils sauront gérer. Ils nous montrent l'utilisation de la trinquette, les bons réglages de voile, comment aborder les vagues et quelques manœuvres. Avec tous ces bons conseils, le bateau gîte beaucoup moins que ce que nous avions expérimenté jusque là, et nous nous rendons compte que même si ce n'est pas foncièrement agréable, il est possible de naviguer par 25 nœuds de vent sans trop de difficulté. La journée passe vite, et nous rentrons par vent frais (22 à 27 nœuds) dormir au port.
 
Dimanche, on prend le temps de trainer un peu au lit, le vent annoncé est encore important. On étudie les cartes marines, on apprend à bien les utiliser et à reporter des coordonnées GPS. Le temps passe trop vite, et l'après-midi on opte pour quelques manœuvres au port. Le vent, toujours présent et montant à 25-30 nœuds, vient compliquer un peu la tâche, mais après tout, au cours de notre voyage il ne s'en privera pas, autant apprendre ces manœuvres en étant nombreux à bord.
 
 
 
Pour finir, nos amis nous proposent d'amarrer le bateau sur pendille*, toujours dans notre port, car dans la plupart des structures où nous amarrerons, c'est ce système qui est utilisé. Le vent a forcit, rendant la manœuvre périlleuse, mais on s'applique, et on est sur le point de finir l'amarrage quand la corde se prend dans notre hélice ! Il faut aller la libérer, et l'eau est bien froide. On n'a évidemment aucune combinaison, mais Johann n'hésite pas à plonger en t-shirt et en apnée, Valentin est prêt à prendre le relai si nécessaire, et les deux suscitent forcément en moi une grande admiration, car personnellement j'aurais préféré payer une fortune un plongeur pour aller faire le boulot plutôt que d'y aller moi-même, surtout sans équipement ! 
Mais la corde est bien coincée, et la tâche s'annonce vraiment compliquée. On cherche un plan B quand tout-à-coup on se rappelle avoir aidé notre voisin le midi-même à charger sur son bateau ses affaires... de plongée ! Sylvain va lui demander un coup de main, qu'il nous accorde très généreusement, en plongeant lui-même, mais bien équipé, pour libérer l'hélice (merci Christian !). Il lui faudra néanmoins couper la corde, et Valentin la réparera avec une nœud magnifique que je serais bien incapable de reproduire... Mais j'ai un livre des nœuds, je remédierai à cette lacune !
 
*pendille : corde fixée sous l'eau qui permet d'amarrer l'avant du bateau en l'absence de pontons latéraux ou poteaux. On l'attrape au niveau du quai sur lequel on amarre l'arrière du bateau.
 

 
 
Les hommes trempés se réchauffent tant bien que mal à renfort de serviettes, couvertures et boissons chaudes, et on se dirige enfin vers notre place de port. La force des rafales s'est encore intensifiée, et rentrer le bateau dans sa place relève de la mission impossible, le vent plaquant inlassablement notre bateau sur les poteaux sans lui laisser le temps de manœuvrer, même si on met le moteur à fond. Les tentatives se succèdent, sans aboutir, et un ultime essai nous fera vite comprendre que trois personnes motivées ne suffiront jamais à retenir un bateau propulsé trop vite sur un poteau... La manœuvre échouée me laisse sur la touche (et me vaudra quelques petits points de suture), mais l'équipe de la capitainerie arrive pour nous aider. Heimoana s'amarre enfin au quai, grâce à leur aide, et la journée se conclut avec un petit goût de "faudra pas faire ça trop souvent".
 
 Les gars murmurent que la pendille c'était la manœuvre de trop, mais je crois que non : c'est bien d'avoir pu l'apprendre, sans quoi nous aurions été bien embêtés la première fois que nous devrons utiliser cet amarrage. Et moi je pense que c'est LA fin de journée dont on parlera encore dans dix ans en rigolant comme des baleines !
 
 
 
On se quitte rapidement, mais le week-end est passé trop vite, il faudra remettre ça ! Merci, Val et Jo, pour ce week-end mémorable, de nous avoir partagé vos compétences et pour les chouettes discussions partagées ! 😉