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jeudi 11 avril 2019

Quelques jours de vacances en amoureux (2/3)


Après une courte nuit, on se lève, bien fatigués mais moins malades. Il fait 13 degrés dans le bateau, car notre chauffage ne fonctionne que quand on est branchés au 220 dans un port. On allume le four et la gazinière, pour gagner 2 petits degrés. La baie est très calme, même si le vent souffle sur la zone, aussi nous descendons à terre visiter le Cap Creus et son parc national magnifique. 







La balade est appréciée, et un peu de farniente aussi. Le mouillage est top, le bateau ne bouge pas, du coup on se décide à passer la nuit suivante sur le même spot, pour dormir correctement et bien récupérer. On sait que le vent se lèvera à nouveau fort dans la nuit, mais entourés de hautes parois rocheuses, nous nous sentons bien à l’abri.

C’était sans compter sur une zone où la paroi était plus basse, et un vent venant justement de l’Est qui s’y engouffrerait… Je suis réveillée à plusieurs reprises dans la nuit par le vent qui fait gémir et taper différentes parties du bateau. Sylvain n’est plus dans le lit, j’en déduit qu’il est sur le pont à surveiller, et que s’il y a un problème il m’appellera (non, je ne suis clairement pas solidaire au milieu des nuits trop fraiches…). A 2h, justement, il m’appelle : le bateau tend à reculer sur la paroi rocheuse derrière, et sur les roches volcaniques bien pointues qui affleurent à la surface de la mer. Nous voilà tous les deux sur le pont, dans une nuit d’encre, à surveiller le déplacement du bateau. On hésite sur la conduite à tenir : déplacer l’ancre alors qu’on ne voit absolument rien ? On estime que l’ancre n’a pas bougé, mais que simplement la chaine se tend plus sous la pression. Comme nous mouillons par 14m de fond, notre rayon est large. On finit par rallumer le moteur, pour ravaler un peu de chaine afin de garder une distance de sécurité d’avec les rochers, mais sans remonter l’ancre. Le résultat n’est pas flagrant, mais le bateau semble stable malgré les rafales à 25 nœuds qui nous balaient.

Fatigué, Sylvain va se coucher, et je reste sur le pont en surveillance. Un œil sur la masse rocheuse que je distingue à peine, l’autre sur l’anémomètre pour guetter la fin du coup de vent. L’ancre assure, et le vent faiblit. A 4h30 je peux retourner me coucher finir ma « bonne nuit de repos ».

Nous prenons le temps d’une grasse matinée avant de lever l’ancre, direction un autre mouillage proche de Cadaqués. J’ai visité ce village en mars, et, tombée sous son charme, je voulais vraiment y amener Sylvain. Il n’y a que 4 miles nautiques à parcourir, mais avec un vent de face force 5 et un courant qui commence à se faire sentir, il nous faut presque 2 heures pour atteindre le mouillage choisi. Il est un peu loin de Cadaqués, alors on poursuit notre route jusqu’à la baie de Port Lligat. Deux voiliers sont sur place, l’un sur bouée, l’autre sur ancre. On se place entre les 2, et jetons l’ancre par 14m de fond. Le vent s’est calmé, le bateau sur ancre quitte la baie. Mais voilà qu’Eole se lève de mauvaise humeur, et un vent du nord (prévu pour le lendemain matin !) s’installe, nous mettant en situation inconfortable. A nouveau, notre rayon autour de l’ancre est trop large, nous sommes poussés sur le bateau amarré sur bouée (son rayon a lui est très minime), et sur quelques roches volcaniques affleurant là aussi. Je les trouve très belles, ces roches, mais tellement dangereuses pour la coque d’Heimoana que si j’avais un bâton de dynamite en poche je n’hésiterais pas longtemps avant de l’utiliser… 

Ni une ni deux, on lève l’ancre pour rejoindre le premier mouillage choisi, plus loin, mais qui nous mettrait à l’abri du vent du nord. On fait longuement le tour de cette grande baie, pour choisir le meilleur endroit. On jette l’ancre, avant de se rendre compte que l’endroit ne nous convient pas. Sylvain la relève pour la 3e fois de la journée, se taillant des biscottos de body builder, et songeant probablement qu’il devient urgent d’acheter un guindeau électrique pour gérer cette fichue ancre.

On se chamaille un peu, puis on décide de revenir mouiller devant Port Lligat, là où l’autre voilier était. La zone est bonne : on mouille par 4m de fond (ô joie pour celui qui devra remonter la chaine !), et cette faible profondeur assure un rayon plus petit de « tournage autour de l’ancre ». Soit plus de sécurité même si un vent fort tend la chaine. 

Le ciel est chargé, et je resterais volontiers affalée sur ma couchette avec un bouquin, mais Sylvain me presse pour sortir.  Nous voilà donc en route avec l’annexe vers le village, quand le moteur s’arrête. Panne d’essence, alors que Sylvain a fait le plein la veille. On ne s’explique pas où est passé l’essence, mais il faut retourner au bateau à la rame pour remettre du carburant. Depuis que Sylvain me répète qu’il faut TOUJOURS avoir les rames à bord de l’annexe, j’admets que la démonstration de leur utilité est marquante, car j’aurais été bien embêtée de devoir nager 300 ou 400m dans cette mer bien trop froide.

Bref, on débarque enfin à Port Lligat, et poussons la balade jusqu’à Cadaqués. Le ciel s’est dégagé, et nous profitons d’un chaud soleil pour prendre un Cappucino en terrasse. Je me régale !

La baie de Port Llorgat, dans laquelle nous mouillons.
  

 Cadaqués au coucher du soleil.
De retour au bateau, il fait déjà presque nuit, mais on a choisi de rester là jusqu’au lendemain. Je trouve la nuit bien calme, Sylvain, lui, m’assure être sorti pour surveiller, car ça rafalait un peu. Au réveil, il ne fait que 11 degrés dans le bateau, je laisse donc très égoïstement Sylvain se lever le premier pour allumer la gazinière. On l’éteint quand il fait 15 degrés, et je m’étonne d’y survivre (si dans ma maison il faisait 15, je brûlerais mes chaises et portes de placard pour gagner quelques degrés…).

Nous voulons retourner à Cadaqués, se faire un p’tit restau en terrasse. Mais décidément, le vent nous persécute, et le matin il rafale jusqu’à 30. Il doit se calmer en mi-journée, alors on reste à bord jusqu’à ce qu’il daigne nous ficher la paix.

lundi 29 octobre 2018

Fin d'un beau voyage

Jeudi, nous voilà repartis, non sans faire le tour, même rapide, des nombreuses Calanques de Cassis. Je suis frappée par la structure des massifs rocheux calcaires, d'un blanc éclatant. Des pins se sont installés au beau milieu des falaises, ils ont une capacité d'adaptation étonnante. La roche est sculptée, différemment selon les endroits. 
 





On s'arrête longuement sur Sormiou : elle est large, magnifique et baigne dans une eau limpide. Un vrai plaisir !

Notre annexe prend sérieusement l'eau. Nous pensions l'avoir trouée en râpant trop fort sur des cailloux, mais en fait, c'est le fond qui se décolle par l'avant ! Alors Maëlyss devient Mousse Écope, se chargeant à chaque utilisation de vider régulièrement l'eau qui nous envahit.

Alexandre nous avait informé de l'existence d'une grotte, à l'entrée de la calanque. Après repas et baignade, direction la grotte ! L'accès est caché, on ne l'aurait jamais trouvée sans indication. On grimpe, tant bien que mal sur des rochers un peu glissants (nous étions pieds nus, puisque l'annexe se remplit d'eau...), et pour ma part je m'arrête là. Mais le chemin continue, un brin périlleux, pour redescendre dans un puits. Il est magnifique, et à ciel ouvert. Merci, Alexandre, pour la découverte !






Après un bon moment à profiter du soleil dans cette calanque, nous levons l'ancre pour rejoindre à nouveau le Frioul, et y mouillons pour la nuit. La nuit est calme, et on profite d'une belle vue sur Marseille,  et d'un lumineux coucher de soleil.






Vendredi, il nous faut rentrer sur Port Camargue, où la météo sera mauvaise à partir de samedi. Sylvain, motivé, se lève tôt, pour lever l'ancre à 7h30. Le vent s'annonce très faible, néanmoins, on sort les voiles, d'abord génois et Grand-voile, puis le spinnaker (voile "parachute" qu'on utilise par vent faible arrière). Il nous faudra aussi souvent utiliser le moteur, et c'est 14h plus tard que nous arriverons enfin à notre port d'attache.

Le lendemain, c'est la pluie qui accompagne notre rangement du bateau, et elle ajoute un peu à la morosité ambiante, et la déception d'être déjà rentrés, alors que nous aurions aimé prolonger de quelques jours, mais la météo ne nous le permettait pas.

Nous sommes maintenant à une semaine de l'hospitalisation de Killian, et j'avoue que j'ai un peu le moral dans les baskets de n'avoir plus que ça pour occuper mes pensées.

Dimanche, nous nous étions motivés pour participer à une opération collective de nettoyage de la plage de l'Espiguette, mais alors que nous sommes en route, Killian, passant sa main dans les cheveux, se met à paniquer : il détecte une nouvelle bosse !
Je caresse doucement son crâne, et sens, moi aussi, une nouvelle masse qui s'est développée non loin de la première. La peur et le désespoir nous saisissent tous les deux, on fait demi-tour.

Qu'est-ce qui la provoque ? Une réaction inflammatoire retardataire? Encore le méningiome qui essaime ? Une forme cancéreuse ? Killian a 12 ans, il est assez grand pour s'inquiéter lourdement. Et moi, infirmière et ayant une imagination débordante, je lutte pour ne pas me laisser submerger.

Dans 6 jours il rentre à l'hôpital, dans 7 jours le chirurgien aura enlevé tout ça. Mais ça quoi ? Pour combien de temps ? J'ai peur. Je me demande si on a eu raison de faire repousser l'opération de 10 jours. Et à la fois, 10 jours c'est rien, cela n'aurait sans doute rien changé. 
Cela donne un goût assez amer à notre retour, mais je m'accroche aux magnifiques souvenirs de ces vacances. Certes trop courtes, certes loin du projet qui était le notre, mais nous avons passé du temps avec nos enfants, nous avons découverts des lieux merveilleux, une nature sauvage, brute, un ciel pur. Je garde précieusement ces images pour me donner du courage, et l'envie furieuse de reprendre le large, tous les quatre, quand Killian sera rétablit.

mercredi 24 octobre 2018

On amorce le retour

Ce lundi 22 octobre, il nous faut songer au retour. Il nous reste certes 10 jours de vacances, mais les 5 derniers seront très venteux, trop venteux pour naviguer, alors on veut être rentrés à notre port d'attache avant. Nous aurions aimé aller jusqu'à Port Cros, plus à l'ouest, mais cela rajoute encore des heures de navigation, et les enfants les supportent plus ou moins bien. Ils n'aiment pas quand le vent est trop fort, quand il y a de la houle, quand on navigue plus de 3h... Bref, ils s'habituent, mais doucement ! On y renonce donc, et on entame le trajet de retour. 

A notre arrivée à Porquerolles, Maëlyss avait repéré un arbre anémomorphique* magnifique, et elle s'est mis en tête d'aller y pique-niquer. Comme nous n'avons pas eu l'occasion, son désespoir s'est bien fait sentir, alors sur la route nous refaisons mouillage le temps d'un pique-nique à "L'arbre de Vie"... 

*anémomorphique : dont la morphologie s'est adaptée au vent. La plupart des pins et de la végétation sur les îles est tassée, courbée par le vent fort dont ils sont souvent balayés. 

L'Arbre qui nous a valu une pause sur le retour...

Comme prévu, après avoir galéré à naviguer vers l'Est en ayant toujours un vent d'Est, nous voilà partis vers l'Ouest ... avec un vent d'Ouest ! On prévoit de dormir au mouillage à 15 miles nautiques de Porquerolles. Si le vent est faible au début, il prend vite ses aises, et s'installe. Mais il sait pas trop, en fait, rafale beaucoup, et change parfois de direction sans crier gare ! Avec des écarts de 30° dans sa direction, la conduite du bateau requiert une grande attention, car la première incartade du vent avait conduit Heimoana a virer de bord sans solliciter notre autorisation...

Bref, on louvoie,  et lorsque nous atteignons notre objectif, une petite anse de mouillage, nous constatons qu'elle est pleine de bouées d'amarrage, et surtout elle est bien exposée à la houle. On cherche autour, mais rien ne semble convenir. On pense poursuivre au moteur jusqu'aux Embiez, au mouillage de l'aller, mais on se rappelle que nos feux de navigation ne fonctionnent pas. Il est 18h, et le soleil touche bientôt l'horizon, on n'arrivera jamais avant la nuit. Sylvain, qui avait déjà repéré ce qui n'allait pas, prend un câble, met son gilet de sauvetage et s'attache à la ligne de vie, puis va tenter une réparation de fortune, pendant que je pousse le moteur pour passer le cap Sicié et joindre notre mouillage. Heureusement, il réussit à faire allumer les feux, avec une réparation de sauvage qui nécessitera une reprise propre lorsque nous serons rentrés. Si cela n'avait pas été le cas, nous aurions fait demi-tour, et opté pour la houle plutôt que pour une navigation nocturne sans être correctement visibles. 

On verra le plus beau coucher de soleil depuis le début de notre voyage, puis on rejoint le mouillage des Embiez, qui s'avère pour le coup être aussi un mauvais choix : la houle nous ballote toute la nuit ! On suppose que l'absence totale de vent ne positionne pas le bateau correctement, qui du coup se retrouve pris par la houle... Bref, la nuit fut longue dans ce mouillage si agréable quelques jours avant !


Le lendemain, mardi, nous devons rejoindre La Ciotat, pour récupérer Pote Fanch, qui ne partageait pas suffisamment nos aventures via le blog, et qui nous rejoint pour quelques jours afin de partager "en live" nos navigations. Il n'y a que peu de vent, mais nous n'avons que 8 miles à parcourir. On sort les voiles, on persévère, malgré une vitesse de 2,5 nœuds. Mais le peu de vent qu'il y a prend plaisir à tourner, on peine à garder un cap, puis le vent faiblit franchement. Sylvain est décidé à attendre, mais quand on n'avance plus qu'à 0,6 miles/h, je suggère de rallumer le moteur (l'écologie, oui, mais ça dépend des jours, hein, j'avoue...). On rejoint donc l'île Verte, devant La Ciotat, au moteur. On avait regretté de ne pas avoir pu la faire à l'aller, et on profite d'une belle visite ensoleillée !

Canadair en exercice dans la baie.

L'Ile Verte est l'île la plus végétalisée des Bouches du Rhône, et détonne franchement des îles du Frioul ou Riou.

Cap de l'Aigle, vu depuis l'île Verte.

 Petite crique sur l'île Verte, qui en compte plusieurs, toutes aussi jolies.

On retourne au port, et on revoit avec plaisir Alexandre, le Capitaine du port, qui nous refile encore de bons tuyaux de visite pour les jours à venir. Je suis épatée par sa gentillesse et sa disponibilité, dont nous avons profité à l'aller pendant tout notre séjour à La Ciotat. S'il y a des rencontres plus touchantes que d'autres, celle-ci en est un parfait exemple, et il se peut fort que si l'on revient rôder dans le coin, on s'arrête à nouveau à La Ciotat pour le seul plaisir de le revoir.
Il nous apprend au passage qu'il est interdit de circuler sur l'île de Riou en dehors du sentier, car c'est un sanctuaire pour les oiseaux. Oups ! Promis, on n'y a que très peu marché...

La nuit est bien calme, à peine perturbée par l'altercation de deux pécheurs sur notre quai. La pêche est interdite dans les ports (pour des questions évidentes d'hygiène, me semble-t-il, l'eau y étant pleine de produits toxiques, hydrocarbures et déversements sanitaires des bateaux qui ne possèdent pas de caisse noire...), mais elle se pratique tout le temps. Fanch nous rejoint en début de soirée, à bloc pour naviguer !

Mercredi matin, on traine un peu pour partir : Sylvain essaie de comprendre pourquoi notre génois s'enroule mal, le remonte un peu, moi je fais quelques courses d'appoint, et on lève l'ancre à 11h30. On refait le plein de gasoil pour le bateau, craignant de faire beaucoup de moteur pour rentrer, car le vent sera semble-t-il très faible pour les 3 jours à venir. On se bonifie sur les manœuvre de port, abordant le quai tout en douceur !

Direction les Calanques de Cassis, que nous avions tristement dépassées à l'aller, regrettant de ne pouvoir nous y arrêter. La VHF diffuse un BMS pour un coup de vent dans le secteur de Port Camargue, et nous n'y prêtons pas suffisamment attention, puisque sur notre zone est annoncé un vent à 5-8 nœuds. Dépassant le cap de l'Aigle, à la sortie de la Ciotat, nous sommes surpris par une mer bien formée, et un vent largement au-dessus de nos attentes, à 15-20 nœuds. Il vient de l'Ouest, pile notre direction, il faut louvoyer, encore ! Et dans une mer où les creux de vague les plus importants font près de 2m, c'est loin d'être drôle, surtout pour Maëlyss... On aurait dû s'en douter, si le vent souffle fort plus à l'ouest, il est logique que nous en recevions les effets : une mer houleuse et un vent qui a du mal à ralentir. On prend bonne note !
On est même obligés de sortir la trinquette, quand le vent rafale à 25 nœuds. On y gagne en stabilité du navire. Ç’aurait aussi été bien d'enfiler nos gilets de sauvetage, mais nous ne les avons pas préparés, et aucun de nous n'a envie de descendre les chercher. Nous mettrons 2h30 pour atteindre la Calanque de Port Pin, distante de seulement 6 miles (soit le double, mais on commence à comprendre que c'est le concept même du louvoiement -louvoyage ? bon, vous avez compris-). 

La calanque est magnifique, et très fréquentée. Il y a pas mal de monde sur les rochers, en haut sur les sentiers, et c'est un défilé de bateaux-navettes de tourisme. On jette l'ancre, le temps de manger, se baigner, sauter des rochers et faire un tour à pied. Finalement, il est tard, on reste là pour la nuit.

Calanque de Port Pin



 Ca se bouscule presque sur les rochers...


 Maëlyss teste la flottabilité de son gilet de sport ! 😂

Demain, on continue le tour des Calanques, et il faudra quand même nous rapprocher de Marseille.

lundi 22 octobre 2018

Les Embiez, et enfin Porquerolles !

Jeudi 18, nous avons enfin quitté La Ciotat, et mouillons aux Embiez. Ces petites îles font face au Brusc et à Sanary sur Mer, un peu avant d'arriver à Toulon. Cette fois, pas de calanque serrée : nous jetons l'ancre dans une baie entre l'île des Embiez et l'île du Grand Rouveau. Nous y sommes protégés du vent d'Est, qui s'annonce régulier et faible toute la nuit. Avec l'annexe, nous partons visiter l'île, achetée dans les années 60 par Paul Ricard (qui laisse à la postérité bien plus que du Pastis...). Alors assez sauvage, il en pressent néanmoins le potentiel, et veux proposer au tourisme cette toute petit île, dont il gèrera l'installation de toutes les infrastructures.

L'île est assez différente de celles du Frioul et du Riou, car la végétation y est abondante et diversifiée. On croise de nombreux papillons (pour mon plus grand plaisir !), et la balade est agréable. Comme sur toutes les îles visitées jusqu'à présent, elle présente des vestiges de fortifications anciennes, qui ont servies jusqu'à la fin du 19e siècle.






Lorsqu'on revient au bateau, nous constatons qu'il a fait demi-tour ! Le vent d'Est vient maintenant de l'Ouest. Et dans la nuit, Heimoana tournera sur lui-même dans à peu près toutes les directions. On commence à suspecter le vent d'avoir une nette tendance à faire ce qu'il veut, au mépris des informations données par Météo France et qui font pourtant l'objet d'évaluations constantes et rigoureuses...

En revanche, l'ancre est presque facile à lever, le lendemain, ne reposant que par 5m de fond. 

Vendredi, direction Porquerolles ! Bien à l'Est, avec un vent qui vient plein Est... La loose ! Nous avons 2 possibilités :
- y aller au moteur, en 4h (sans tenir compte du vent de face qui nous aurait ralenti)
- y aller à la voile, en louvoyant, en minimum 6h (selon nos estimations de débutants).
On est écoresponsables, au moins de temps en temps, alors on opte pour la voile. Nous nous écartons un peu du cap Sicié, cherchons la meilleure allure sans toutefois faire peur à Maëlyss, naviguons contre vent et mer formée (on aura pas mal de creux de près d'1m). Proches du but, les enfants, excédés (et peut-être affamés, ils avaient à peine grignoté le midi), demandent instamment qu'on termine au moteur. On cède. Mais le moteur, même poussé à fond, ne nous permet pas d'avancer à plus de 3,5 - 4 nœuds, face au vent et aux vagues. Et il nous faudra 7h pour rejoindre la pointe Ouest de l'île de Porquerolles. 

Le vent s'annonce très calme pour plusieurs jours. Nous nous installons au mouillage à l'anse du Parfait, abrité de tous les vents sauf sud. On pense y être bien, le vent s'annonçant d'Est (enfin, on se comprend !), mais finalement, le fond est très peu profond, et l'ancre est jetée à l'entrée de la baie, ce qui nous vaudra de bien sentir la houle toute la nuit. Mais en fin de journée, nous allons surtout nous balader sur cette pointe d'île.

Sylvain prend aussi un moment pour faire un contrôle rapide des installations, et constate que le feu de route avant ne fonctionne plus. Il tente une réparation, mais ce n'est pas simple. Si ce feu ne sert pas à voir, mais bien uniquement a être vus des autres navigateurs, il n'en reste pas moins qu'on ne veut pas naviguer de nuit s'il est défaillant. Il émet une lumière rouge à bâbord, et verte à tribord, ce qui, de nuit, permet de savoir, si on croise un navire quelle est sa trajectoire, en fonction du feu perçu. Mais pour l'heure, la réparation n'aboutit pas, et on ne s'en inquiète pas plus que ça.

 Anse du Parfait.

Belle plage de sable ocre à noir, baie peu profonde, et espace peu fréquenté, en tout cas fin octobre...

Porquerolles porte une végétation dense et variée, ses habitants sont attachés à sa sauvegarde, en interdisant de fumer sur toute l'île excepté au port.

Samedi, on ne fera rien de plus que jeux sur la plage, pique-nique et petite baignade, avant de changer de mouillage, et de passer sur un tout proche, mais au nord de l'île (Baie du Langoustier). L'endroit est immense, déjà occupé par une quinzaine de bateaux, mais la mer y semble très calme. On s'installe, et effectivement, Heimoana ne bouge pas ! On dort d'une traite, et c'est un luxe quand on est au mouillage !

Mais de ce côté, les plages sont interdites d'accès, en raison de la présence d'hydrocarbures, rejetées par je ne sais quel cargo au large de Nice. Pas de baignade, donc, mais ça ne nous empêche pas d'aller à terre nous promener.


Il y a une mouette qui a essayé de nous piquer notre annexe ! Heureusement qu'on l'avait bien attachée...

Dimanche, la météo change à nouveau, et annonce un coup de vent (vent force 7) à proximité pour la nuit. La VHF lance son alerte régulièrement, via le BMS (Bulletin Météo Spécial), mais nous l'avions repéré depuis la veille sur nos téléphones. Le temps qu'on décide quoi faire les jours suivants, et donc du port pour la nuit, la capitainerie de Porquerolles est fermée. On s'y pose sur le quai visiteurs, sans eau et sans électricité. Aucun problème pour le jus, on est bien équipés avec éolien et solaire ! En revanche, depuis 3 nuits au mouillage, il faudra recharger les tanks en eau. Si nous les avions contactés avant, sans doute aurions-nous eu une place plus adaptée, mais on fait avec. On s'amarre au quai proprement, on progresse ! Et on gère bien nos amarres pour que le vent fort de la nuit ne puisse pas nous projeter sur le ponton, comme c'était arrivé à La Ciotat. Puis nous partons en balade.

En ce début de vacances scolaires, le port est les premières rues grouillent de monde : des touristes qui déambulent, d'autres chargés de valises cherchant leur point d'accueil, et beaucoup de personnes à vélo, dont certaines manifestent leur ral-le-bol de devoir faire attention aux piétons (et ne font d'ailleurs plus attention...) On s'offre des glaces artisanales avant de nous engouffrer dans le jardin botanique, bien plus calme. Puis on grimpe au fort Ste Agathe, qui domine le port.


 Le jardin botanique, petit, mais vraiment très bien tenu et très joli.

 Le fort Ste Agathe, qui domine le port.

Au retour, c'est jeux de société et bataille navale ! Sur un bateau, ça ne s'invente pas... Il est toujours un peu difficile de travailler le programme scolaire, mais on aura plus de temps à y consacrer cet hiver, alors on bosse un peu, mais sans pression.

Hélas, il faut déjà songer à rentrer. Une vague de vents forts s'annonce pour la fin de semaine, qui doit durer plusieurs jours, alors on va rentrer avant qu'elle ne débarque.

samedi 13 octobre 2018

En mode "tortue" (merci la météo...)


Même si on se lève de relative bonne heure, il est bien difficile de quitter le havre de Morgiret, ce vendredi matin. Non pas tant que sa beauté sauvage nous enivre, mais parce qu’on a mouillé trop profond la veille ! En arrivant, presqu’à la nuit noire, il y avait déjà des plaisanciers installés, et nous avons jeté l’ancre par 12m de fond, mais celle-ci a glissé sur la zone à 15m, quand le bateau s’est reculé. C’est ma faute, Sylvain voulait qu’on s’approche plus d’un voilier avant de jeter l’ancre, mais j’avais un peu les chocottes. Mais bref, remonter les 50m d’ancre qui mouillent par 15m, c’est sacrément sport avec un guindeau manuel, même pour Super Sylvain… On se dit que vraiment, le guindeau électrique sera le prochain achat, et dès que possible.

Une bonne heure plus tard, l’ancre est enfin levée, et nous nous préparons à sortir les voiles. Sachant que le vent vient de derrière l’île, notre précautionneux chef de bord prend un ris direct, et ouvre la trinquette, pour éviter que nous soyons surpris par des rafales dès que nous aurons passé la pointe. Le vent n’est pas bien fort, vers 10 nœuds, et on avance laborieusement, mais quand effectivement on sort de la protection qu’offrait le paysage, on est heureux de ne pas être sur-toilés. On rentre quand même la trinquette, au profit du génois. On va plein Est, et bien sûr le vent vient de notre destination… Nous sommes obligés de louvoyer, mais nous nous écartons bien de notre route pour limiter  le nombre de virements de bord. Le premier virement de bord est tendu, les vagues sont hautes (près d’un mètre pour les plus grandes), et ayant la houle contre nous, nous sommes obligés de remettre le moteur pour réussir. On se retrouve au près serré*, avec les vagues presque du travers. Je suis assez stressée par la situation, car je sais qu’il faut prendre les vagues à 45° autant que possible, et en tout cas JAMAIS de travers. La navigation est très inconfortable, mais la position du vent dans mes voiles m’empêche de mieux les négocier. 

* près, ou près serré, sont deux allures qu'on utilise quand le vient vient presque de face. Ce sont les allures les plus rapides, mais souvent celles qui secouent le plus les passagers.

On à parcouru à peine un mile et demi quand on se rend compte que l’antenne s’est décrochée, sans doute sur une mauvaise vague sur laquelle le bateau aurait « tapé ». Le vent s’intensifie, s’établit à 18-20 nœuds (35 km/h), nous enfilons nos gilets de sauvetage, et cantonnons les enfants dans le bateau. On n’ose plus sortir les voiles avant, car on a peur qu’en les rentrant, soit on pète l’antenne, soit on bloque une voile avec. On rentre donc la grand-voile, et on poursuit notre route au moteur, ce qui me permet déjà de mieux prendre les vagues. 

Notre destination provisoire n’était qu’à 9 miles du départ, on la maintient, pour se mettre au mouillage, et si le temps le permet, réparer l’antenne, qui valdingue là-haut comme si elle avait le diable au corps, uniquement retenue par son câble. Je me concentre sur ma navigation, tout en gardant un œil sur l’antenne et la suppliant intérieurement d’arrêter de faire sa Shakira. 

On atteint le mouillage choisi, qui semble mal abrité contrairement aux indications d’une application de mouillages (misère, il faut toujours se méfier des commentaires utilisateurs…), et qui est d’ailleurs déjà occupé par deux voiliers. On s’approche d’une autre petite crique, qui sur la carte est à la bonne profondeur, 5m, mais très étroite. J’ai le mal de mer, une trouille de dingue, mais il faut essayer de réparer dès que possible, sous peine de risquer de perdre l’antenne. On jette l’ancre, mais on prend une, puis deux amarres sur les rochers autour. Sylvain constate au passage qu'on a quand même légèrement abîmé la coque lorsqu'on s'est collés, bien involontairement, aux autres voiliers, dans le port de Marseille.

Nous sommes bien abrités, Sylvain va pouvoir monter au mât. Je suis toujours somnolente, mais me concentre sur l’effort à fournir, aidée de Killian et Maëlyss. La réparation n’est pas longue, notre aspirante « pole dancer » a repris sa place, et Sylvain consolide avec un scotch.
On n’a quasiment pas avancé, mais on décide de passer la nuit ici. On tend une 3e amarre aux rochers, pour nous sécuriser parfaitement. On se baigne (bon, pas moi, évidemment), et on fait un tout petit tour sur l’île, aride, mais magnifique. Le bateau est bien tenu, et le vent tombé, nous ne bougeons quasiment pas, ce qui nous offre une belle nuit de sommeil. 

Des piquets sont prévus pour l'amarrage des bateaux. On ne se prive pas !

Réparation de l'antenne... Heureusement que le bateau est bien stable et le vent tombé, car là-haut ça tangue énormément !

Sylvain règle la 3e amarre, pendant que les zouzous se baignent.



 Ile de Riou, telle que nous la voyons en la quittant.

Le lendemain, la météo semble bonne, et nous nous motivons à rejoindre Porquerolles d’un trait (38 miles, soit environ 8h de navigation si on peut garder notre cap et à une allure moyenne de 5 miles/heure), car la météo va se gâter les jours suivants, et que nous préfèrerions être bloqués là-bas. Mais si le début de navigation est agréable, le vent forcit, et il vient exactement du secteur que nous voulons rejoindre. Obligés de louvoyer, et Maëlyss paniquant dès qu’on s’éloigne un peu de la côte, on devine rapidement qu’il faudra encore repousser notre arrivée sur l’île d’Hyères.
Je regarde avec regret, de loin, les fameuses calanques de Cassis que nous ne visiterons encore pas cette fois-ci, et nous cherchons un port pour nous abriter. Ce sera celui de La Ciotat. La capitainerie est fermée jusqu’à lundi, impossible de joindre qui que ce soit. On se pose donc au pif sur un bout de ponton. 

La météo se modifie en permanence, on monte des plans, qu’on abandonne quelques heures après. On sait que des navigateurs expérimentés feraient la route sous le vent actuel, mais à force 5*, voir 6*, novices, et avec des enfants, on la joue « sécurité », malgré la frustration que cela génère de voir nos projets sans cesse contrariés. 

*pour info, un vent de force 7, soit 50 à 61 km/h, fait l'objet d'une alerte spéciale par radio pour inviter les navigateurs à la vigilance, et se mettre si possible à l'abri.

Je me dis que depuis une semaine qu’on va vers l’Est en prenant du vent d’Est, on pourrait bien se taper du vent d’Ouest sur toute notre route de retour vers l’Ouest, et que ce serait franchement agaçant… On verra bien ! Pour l’instant, nous voilà à nouveau coincés sur un bout de quai, après une toute petite étape de 12 miles. Porquerolles restera sans doute inaccessible jusqu’à mardi.