lundi 8 octobre 2018

C'est parti !

Après avoir tergiversé un moment, nous avons choisi de repousser un peu la date de l'intervention et de rater un rendez-vous professionnel important pour pouvoir partir en vacances. L'idée était de partir au 1er octobre, comme prévu, et de faire un mini-trip avant l'opération. Maëlyss ne retourne donc pas à l'école ce lundi, et ses professeurs me font gentiment passer le travail qu'elle doit effectuer (j'avais complètement oublié de la faire radier de l'école, du coup, à la rentrée, elle était attendue, et finalement on trouve ça bien pratique, car ça l'occupera durant le temps où nous serons au chevet de Killian, à l'hôpital).

Bon, évidemment, nous n'étions pas prêts. Beaucoup de boulot tant professionnel que personnel, ainsi qu'une météo défavorable, ont décalé le départ. 

Jeudi 5, nous arrivons au bateau, et finissons de le charger, pour partir dès vendredi. Mais nous sommes arrivés en fin de journée, et il est déjà bien tard quand on s'aperçoit d'avoir oublié quelques choses importantes... Le vendredi est donc consacré à finir nos préparatifs et achats, et on se promet de partir le samedi.On laisse la VHF allumée, pour nous familiariser avec les communications radios et la réception des bulletins météo. Le premier message entendu, dès le jeudi, demande à tous les navigateurs d'effectuer une surveillance accrue, car un bateau est porté disparu depuis le 30 septembre. On est dans l'ambiance ! Et moi, qui depuis un an, résiste à l'envie de consulter les statistiques sur les disparitions en mer, craque pendant mon insomnie, et je trouve sur Internet un nombre : 300. Chaque année, en France, environ 300 personnes meurent ou disparaissent en mer. Mais je ne sais pas quel pourcentage cela représente. Puis je vois un autre chiffre : 50 000. C'est le nombre de signalement annuel de disparition d'enfants en France, sur 64 000 disparitions annuelles totales. Je relativise, et fini par m'endormir.

Je pensais naviguer vraiment tranquillement, genre 5h max de navigation par jour. Mais, frustrés par ce départ sans cesse repoussé, nous nous levons de bonne heure et traçons directement sur les îles du Frioul, dans le havre de Marseille. Départ à 8h40, mais il n'y a que très peu de vent, qui vient de face. Nous restons sous voile et moteur pendant 5h. Le voilier perd vraiment tout son charme, lorsqu'on est assourdis par un ronronnement sourd et bruyant ! On se rend compte que l'affichage du niveau de carburant ne fonctionne pas... Bon, on a fait le plein, 96 litres, mais on ne connait pas notre consommation réelle. On prend bien note de tout le temps de moteur, et on ira faire le plein à nouveau dès que possible pour avoir une idée réelle de notre consommation moyenne. Mais finalement, le lendemain, on trouve l'origine du problème et rétablissons l'affichage.

En début d'après-midi, le vent se lève enfin, au grand désespoir de Maëlyss car du coup, le bateau se met à pencher. Il ne gîte pas à proprement parler, mais il s'incline, sous la force du vent qui s'engouffre dans les voiles. Cela suffit à inquiéter notre petite princesse, et il faut la rassurer à renfort de câlins.

A l'approche des chenaux d'accès (voies de navigations réservées aux très gros bâtiments) de Fos, puis Marseille, nous apprécions d'avoir l'AIS, qui nous permet de bien anticiper le croisement des lignes de cargos et ferrys, et de mieux appréhender leur vitesse de route. En tout cas, quand il veut bien fonctionner... 

En fin de journée, les enfants sont littéralement roulés en boule sur le pont, près des filets de protection, car c'est, selon eux, "le meilleur moyen d'éviter le mal de mer" qui les assaille.

Nous nous rendons compte qu'en étant dans le cockpit (zone de pilotage sur le pont du bateau) nous n'entendons pas les messages VHF, même volume à fond, qui elle se trouve dans le carré. Il faut au moins être assis en haut de la descente pour espérer entendre quelques bribes, du coup, c'est pas hyper utile... Néanmoins, on entend une alerte météo : avis de grand frais secteur nord à nord-ouest dans la nuit sur la zone qui nous concerne. Je me demande s'il ne serait pas judicieux d'aller dans un port, mais Sylvain pense que le mouillage est bien orienté pour nous protéger du vent qui viendra du Nord Ouest, et après vérification sur Internet, le grand frais ne devrait durer qu'une heure et demi.

Ce n'est qu'à 19h20 que nous parvenons enfin à mouiller dans la calanque de Morgiret, sur l'île Ratonneau. Il y a déjà plusieurs bateaux, on se dit donc que ça doit passer. Mais en début de soirée, la plupart des bateaux quittent la zone, et nous sommes juste 2 voiliers à rester. La VHF continue de diffuser la disparition inquiétante du voilier, et les BMS (Bulletin Météo Spéciaux, quand les conditions de navigation deviennent un peu "tendues"), annonçant le coup de vent pour la nuit.

Nous sommes fatigués, et allons rapidement nous coucher. 

5h30 : nous sommes réveillés par un bruit sourd et Maëlyss en panique. Il y a une forte pluie, beaucoup d'éclairs, et surtout, dès que Sylvain met le nez dehors il voit qu'on est en train de décrocher ! Le grain est bien arrivé, comme annoncé, et nous sommes moins à l'abri que nous le pensions. Heimoana recule, poussé par le vent et la houle, droit sur l'autre voilier. Sylvain essaie de remettre le moteur en route, sans succès, mais heureusement Heimoana se déporte au dernier moment et évite la collision. Sylvain va en toute hâte jeter tout ce qui reste de chaine, car notre bateau s'approche maintenant rapidement des parois rocheuses. Je sors aussi, enfin, après avoir réussi à m'habiller un minimum, et réussis à redémarrer le moteur (encore une fois, c'était l'étouffoir qui posait problème...). Je mets les gaz juste un petit coup, mais la chaine fait son boulot, et Heimoana se stabilise à nouveau. Sous une forte pluie, je veux malgré tout aller raccrocher les pare-battages, car il me semble que nous sommes vraiment proches de l'autre voilier. Équipée du gilet de sauvetage et reliée à la ligne de vie, je m'y attelle, mais impossible de réussir le nœud de batelier, pourtant fort simple, qui sert habituellement à accrocher les bouées. Je râle sur mon étrange capacité à retenir des trucs absurdes, mais à oublier des choses utiles déjà apprises plusieurs fois, et fait des nœuds "à l'arrache" qui brûleraient la rétine de n'importe quel bon marin.


Heimoana au mouillage dans la calanque de Morgiret (Iles du Frioul)
La consigne générale est de toujours jeter 3 fois la profondeur. Nous mouillions à 6m, et Sylvain avait bien balancé 20m de chaine. Mais la force des éléments était telle que cela fut insuffisant, et nous nous réjouissons d'avoir racheté 50m de chaine, pour remplacer l'ancienne de 36m. C'est le poids de la chaine, plus que l'ancre elle-même, qui souvent stabilise le bateau.

Pendant ce temps, en bas, les zouzous vomissent et gémissent, entre 2 micro-sommeils. Sylvain reste assis en haut de la descente, pour ne pas quitter des yeux les mouvements du bateau, puis je le relaie à 7h30. Le jour se lève et le vent mollit un peu, mais je reste à mon poste, tout en relisant le chapitre météo du cours des Glénans. Je m'étonne de si bien résister au mal de mer, mais il faut bien avouer, j'avale régulièrement des comprimés contre le mal des transports.

Le réveil est un peu difficile pour tout le monde, et après un petit déjeuner qui nous remet de nos émotions, nous partons découvrir l'île Ratonneau. L'installation sur l'annexe, dans les vagues, et l'accostage sur galets sont un peu laborieux. Pieds et pantalons partiellement mouillés, nous trouvons malgré tout délicieux d'être sur la terre ferme.


Port du Frioul. Il est situé entre les îles Ratonneau et Pomègues, qui ensemble et avec deux autres îles, constituent ce qu'on connait mieux sous le terme "îles du Frioul"

Pendant des siècles et jusqu'à assez récemment, l'île de Ratonneau été un avant-poste militaire de choix pour défendre la cité phocéenne. Aujourd'hui, les vestiges de ces constructions défigurent franchement le paysage brut et sauvage des îles.

 Chateau d'If, et vue sur Marseille, écrasée sous de lourds nuages.


 Vue sur l'île d'If, depuis Ratonneau.

La météo, assez calme lundi soir, devrait à nouveau être pénible pour les 3 jours suivants. Sagement, nous optons pour une nouvelle nuit au mouillage, mais lundi nous gagnerons le port de Marseille, car quitte à être bloqués 3 jours, autant que ce soit dans un lieu ou on puisse visiter des sites sympas à l'abri du vent et de la pluie.

Nous déplaçons donc Heimoana sur un autre mouillage, pour être plus à l'abri d'un vent qui passera secteur Nord Est.


Heimoana au mouillage dans la calanque de Morgiret

Nous voilà pour la nuit de dimanche au mouillage sur l'île de Pomègues, directement face à Marseille. 
Le vent est totalement tombé, du coup, ce sont les courants résiduels qui nous ballotent, mais ça va. Tout le monde commence à s'habituer au tangage, et on espère que les enfants soient bientôt débarrassés du mal de mer. 

En fin de journée, nous partons donc faire une balade sur Pomègues, qui fut par le passé plus une île sanitaire que militaire (mise en quarantaine des navires ayant des malades à bord...). Le soleil se montre enfin franchement, et la découverte est agréable, d'autant que nous ne croisons presque personne.


Heimoana au mouillage au rocher de la cheminée, sur l'île Pomègues

 Notre Dame de la Garde, qui veille sur les marins





 On finit la soirée devant un bon film, et avec des pop-corns ! (qui auraient été meilleurs si j'avais pensé à embarquer du sucre...)

Le matin, nous sommes réveillés par des zouzous surexcités ! Ils sont sur le pont et ont vu beaucoup de méduses et de beaux poissons bleus-argentés. Les méduses font une vingtaine de centimètres, et certaines sont parsemées de points rouges, c'est très beau (mais difficile à prendre en photo...) !



L'eau est transparente, magnifique ! On voit le fond, malgré les 10 mètres de profondeur. Dommage qu'on ait aussi vu du plastique flotter...

Cet après-midi, direction le Vieux-Port, ou on espère avoir une place.

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