Même si on se lève de relative bonne heure, il est bien
difficile de quitter le havre de Morgiret, ce vendredi matin. Non pas tant que
sa beauté sauvage nous enivre, mais parce qu’on a mouillé trop profond la
veille ! En arrivant, presqu’à la nuit noire, il y avait déjà des
plaisanciers installés, et nous avons jeté l’ancre par 12m de fond, mais
celle-ci a glissé sur la zone à 15m, quand le bateau s’est reculé. C’est ma
faute, Sylvain voulait qu’on s’approche plus d’un voilier avant de jeter
l’ancre, mais j’avais un peu les chocottes. Mais bref, remonter les 50m d’ancre
qui mouillent par 15m, c’est sacrément sport avec un guindeau manuel, même pour
Super Sylvain… On se dit que vraiment, le guindeau électrique sera le prochain
achat, et dès que possible.
Une bonne heure plus tard, l’ancre est enfin levée, et nous
nous préparons à sortir les voiles. Sachant que le vent vient de derrière
l’île, notre précautionneux chef de bord prend un ris direct, et ouvre la
trinquette, pour éviter que nous soyons surpris par des rafales dès que nous
aurons passé la pointe. Le vent n’est pas bien fort, vers 10 nœuds, et on
avance laborieusement, mais quand effectivement on sort de la protection
qu’offrait le paysage, on est heureux de ne pas être sur-toilés. On rentre
quand même la trinquette, au profit du génois. On va plein Est, et bien sûr le
vent vient de notre destination… Nous sommes obligés de louvoyer, mais nous
nous écartons bien de notre route pour limiter
le nombre de virements de bord. Le premier virement de bord est tendu,
les vagues sont hautes (près d’un mètre pour les plus grandes), et ayant la
houle contre nous, nous sommes obligés de remettre le moteur pour réussir. On
se retrouve au près serré*, avec les vagues presque du travers. Je suis assez
stressée par la situation, car je sais qu’il faut prendre les vagues à 45°
autant que possible, et en tout cas JAMAIS de travers. La navigation est très
inconfortable, mais la position du vent dans mes voiles m’empêche de mieux les
négocier.
* près, ou près serré, sont deux allures qu'on utilise quand le vient vient presque de face. Ce sont les allures les plus rapides, mais souvent celles qui secouent le plus les passagers.
On à parcouru à peine un mile et demi quand on se rend
compte que l’antenne s’est décrochée, sans doute sur une mauvaise vague sur
laquelle le bateau aurait « tapé ». Le vent s’intensifie, s’établit à
18-20 nœuds (35 km/h), nous enfilons nos gilets de sauvetage, et cantonnons les enfants
dans le bateau. On n’ose plus sortir les voiles avant, car on a peur qu’en les
rentrant, soit on pète l’antenne, soit on bloque une voile avec. On rentre donc
la grand-voile, et on poursuit notre route au moteur, ce qui me permet déjà de
mieux prendre les vagues.
Notre destination provisoire n’était qu’à 9 miles du départ, on la
maintient, pour se mettre au mouillage, et si le temps le permet, réparer
l’antenne, qui valdingue là-haut comme si elle avait le diable au corps,
uniquement retenue par son câble. Je me concentre sur ma navigation, tout en
gardant un œil sur l’antenne et la suppliant intérieurement d’arrêter de faire
sa Shakira.
On atteint le mouillage choisi, qui semble mal abrité
contrairement aux indications d’une application de mouillages (misère, il faut
toujours se méfier des commentaires utilisateurs…), et qui est d’ailleurs déjà
occupé par deux voiliers. On s’approche d’une autre petite crique, qui sur la
carte est à la bonne profondeur, 5m, mais très étroite. J’ai le mal de mer, une
trouille de dingue, mais il faut essayer de réparer dès que possible, sous
peine de risquer de perdre l’antenne. On jette l’ancre, mais on prend une, puis
deux amarres sur les rochers autour. Sylvain constate au passage qu'on a quand même légèrement abîmé la coque lorsqu'on s'est collés, bien involontairement, aux autres voiliers, dans le port de Marseille.
Nous sommes bien abrités, Sylvain va pouvoir monter au mât.
Je suis toujours somnolente, mais me concentre sur l’effort à fournir, aidée de
Killian et Maëlyss. La réparation n’est pas longue, notre aspirante « pole
dancer » a repris sa place, et Sylvain consolide avec un scotch.
On n’a quasiment pas avancé, mais on décide
de passer la nuit ici. On tend une 3e amarre aux rochers, pour nous
sécuriser parfaitement. On se baigne (bon, pas moi, évidemment), et on fait un tout petit tour sur l’île, aride, mais magnifique.
Le bateau est bien tenu, et le vent tombé, nous ne bougeons quasiment pas, ce
qui nous offre une belle nuit de sommeil.
Des piquets sont prévus pour l'amarrage des bateaux. On ne se prive pas !
Réparation de l'antenne... Heureusement que le bateau est bien stable et le vent tombé, car là-haut ça tangue énormément !
Sylvain règle la 3e amarre, pendant que les zouzous se baignent.
Ile de Riou, telle que nous la voyons en la quittant.
Le lendemain, la météo semble bonne, et nous nous motivons à
rejoindre Porquerolles d’un trait (38 miles, soit environ 8h de navigation si
on peut garder notre cap et à une allure moyenne de 5 miles/heure), car la
météo va se gâter les jours suivants, et que nous préfèrerions être bloqués
là-bas. Mais si le début de navigation est agréable, le vent forcit, et il
vient exactement du secteur que nous voulons rejoindre. Obligés de louvoyer, et
Maëlyss paniquant dès qu’on s’éloigne un peu de la côte, on devine rapidement
qu’il faudra encore repousser notre arrivée sur l’île d’Hyères.
Je regarde avec regret, de loin, les fameuses calanques de
Cassis que nous ne visiterons encore pas cette fois-ci, et nous cherchons un
port pour nous abriter. Ce sera celui de La Ciotat. La capitainerie est fermée
jusqu’à lundi, impossible de joindre qui que ce soit. On se pose donc au pif
sur un bout de ponton.
La météo se modifie en permanence, on monte des plans, qu’on
abandonne quelques heures après. On sait que des navigateurs expérimentés
feraient la route sous le vent actuel, mais à force 5*, voir 6*, novices, et avec
des enfants, on la joue « sécurité », malgré la frustration que cela
génère de voir nos projets sans cesse contrariés.
*pour info, un vent de force 7, soit 50 à 61 km/h, fait l'objet d'une
alerte spéciale par radio pour inviter les navigateurs à la vigilance,
et se mettre si possible à l'abri.
Je me dis que depuis une semaine qu’on va vers l’Est en
prenant du vent d’Est, on pourrait bien se taper du vent d’Ouest sur toute
notre route de retour vers l’Ouest, et que ce serait franchement agaçant… On
verra bien ! Pour l’instant, nous voilà à nouveau coincés sur un bout de
quai, après une toute petite étape de 12 miles. Porquerolles restera sans doute
inaccessible jusqu’à mardi.
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