samedi 13 octobre 2018

En mode "tortue" (merci la météo...)


Même si on se lève de relative bonne heure, il est bien difficile de quitter le havre de Morgiret, ce vendredi matin. Non pas tant que sa beauté sauvage nous enivre, mais parce qu’on a mouillé trop profond la veille ! En arrivant, presqu’à la nuit noire, il y avait déjà des plaisanciers installés, et nous avons jeté l’ancre par 12m de fond, mais celle-ci a glissé sur la zone à 15m, quand le bateau s’est reculé. C’est ma faute, Sylvain voulait qu’on s’approche plus d’un voilier avant de jeter l’ancre, mais j’avais un peu les chocottes. Mais bref, remonter les 50m d’ancre qui mouillent par 15m, c’est sacrément sport avec un guindeau manuel, même pour Super Sylvain… On se dit que vraiment, le guindeau électrique sera le prochain achat, et dès que possible.

Une bonne heure plus tard, l’ancre est enfin levée, et nous nous préparons à sortir les voiles. Sachant que le vent vient de derrière l’île, notre précautionneux chef de bord prend un ris direct, et ouvre la trinquette, pour éviter que nous soyons surpris par des rafales dès que nous aurons passé la pointe. Le vent n’est pas bien fort, vers 10 nœuds, et on avance laborieusement, mais quand effectivement on sort de la protection qu’offrait le paysage, on est heureux de ne pas être sur-toilés. On rentre quand même la trinquette, au profit du génois. On va plein Est, et bien sûr le vent vient de notre destination… Nous sommes obligés de louvoyer, mais nous nous écartons bien de notre route pour limiter  le nombre de virements de bord. Le premier virement de bord est tendu, les vagues sont hautes (près d’un mètre pour les plus grandes), et ayant la houle contre nous, nous sommes obligés de remettre le moteur pour réussir. On se retrouve au près serré*, avec les vagues presque du travers. Je suis assez stressée par la situation, car je sais qu’il faut prendre les vagues à 45° autant que possible, et en tout cas JAMAIS de travers. La navigation est très inconfortable, mais la position du vent dans mes voiles m’empêche de mieux les négocier. 

* près, ou près serré, sont deux allures qu'on utilise quand le vient vient presque de face. Ce sont les allures les plus rapides, mais souvent celles qui secouent le plus les passagers.

On à parcouru à peine un mile et demi quand on se rend compte que l’antenne s’est décrochée, sans doute sur une mauvaise vague sur laquelle le bateau aurait « tapé ». Le vent s’intensifie, s’établit à 18-20 nœuds (35 km/h), nous enfilons nos gilets de sauvetage, et cantonnons les enfants dans le bateau. On n’ose plus sortir les voiles avant, car on a peur qu’en les rentrant, soit on pète l’antenne, soit on bloque une voile avec. On rentre donc la grand-voile, et on poursuit notre route au moteur, ce qui me permet déjà de mieux prendre les vagues. 

Notre destination provisoire n’était qu’à 9 miles du départ, on la maintient, pour se mettre au mouillage, et si le temps le permet, réparer l’antenne, qui valdingue là-haut comme si elle avait le diable au corps, uniquement retenue par son câble. Je me concentre sur ma navigation, tout en gardant un œil sur l’antenne et la suppliant intérieurement d’arrêter de faire sa Shakira. 

On atteint le mouillage choisi, qui semble mal abrité contrairement aux indications d’une application de mouillages (misère, il faut toujours se méfier des commentaires utilisateurs…), et qui est d’ailleurs déjà occupé par deux voiliers. On s’approche d’une autre petite crique, qui sur la carte est à la bonne profondeur, 5m, mais très étroite. J’ai le mal de mer, une trouille de dingue, mais il faut essayer de réparer dès que possible, sous peine de risquer de perdre l’antenne. On jette l’ancre, mais on prend une, puis deux amarres sur les rochers autour. Sylvain constate au passage qu'on a quand même légèrement abîmé la coque lorsqu'on s'est collés, bien involontairement, aux autres voiliers, dans le port de Marseille.

Nous sommes bien abrités, Sylvain va pouvoir monter au mât. Je suis toujours somnolente, mais me concentre sur l’effort à fournir, aidée de Killian et Maëlyss. La réparation n’est pas longue, notre aspirante « pole dancer » a repris sa place, et Sylvain consolide avec un scotch.
On n’a quasiment pas avancé, mais on décide de passer la nuit ici. On tend une 3e amarre aux rochers, pour nous sécuriser parfaitement. On se baigne (bon, pas moi, évidemment), et on fait un tout petit tour sur l’île, aride, mais magnifique. Le bateau est bien tenu, et le vent tombé, nous ne bougeons quasiment pas, ce qui nous offre une belle nuit de sommeil. 

Des piquets sont prévus pour l'amarrage des bateaux. On ne se prive pas !

Réparation de l'antenne... Heureusement que le bateau est bien stable et le vent tombé, car là-haut ça tangue énormément !

Sylvain règle la 3e amarre, pendant que les zouzous se baignent.



 Ile de Riou, telle que nous la voyons en la quittant.

Le lendemain, la météo semble bonne, et nous nous motivons à rejoindre Porquerolles d’un trait (38 miles, soit environ 8h de navigation si on peut garder notre cap et à une allure moyenne de 5 miles/heure), car la météo va se gâter les jours suivants, et que nous préfèrerions être bloqués là-bas. Mais si le début de navigation est agréable, le vent forcit, et il vient exactement du secteur que nous voulons rejoindre. Obligés de louvoyer, et Maëlyss paniquant dès qu’on s’éloigne un peu de la côte, on devine rapidement qu’il faudra encore repousser notre arrivée sur l’île d’Hyères.
Je regarde avec regret, de loin, les fameuses calanques de Cassis que nous ne visiterons encore pas cette fois-ci, et nous cherchons un port pour nous abriter. Ce sera celui de La Ciotat. La capitainerie est fermée jusqu’à lundi, impossible de joindre qui que ce soit. On se pose donc au pif sur un bout de ponton. 

La météo se modifie en permanence, on monte des plans, qu’on abandonne quelques heures après. On sait que des navigateurs expérimentés feraient la route sous le vent actuel, mais à force 5*, voir 6*, novices, et avec des enfants, on la joue « sécurité », malgré la frustration que cela génère de voir nos projets sans cesse contrariés. 

*pour info, un vent de force 7, soit 50 à 61 km/h, fait l'objet d'une alerte spéciale par radio pour inviter les navigateurs à la vigilance, et se mettre si possible à l'abri.

Je me dis que depuis une semaine qu’on va vers l’Est en prenant du vent d’Est, on pourrait bien se taper du vent d’Ouest sur toute notre route de retour vers l’Ouest, et que ce serait franchement agaçant… On verra bien ! Pour l’instant, nous voilà à nouveau coincés sur un bout de quai, après une toute petite étape de 12 miles. Porquerolles restera sans doute inaccessible jusqu’à mardi.



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