vendredi 12 octobre 2018

En pause au Vieux Port (Marseille)

Petit rappel : les mots du texte qui sont en gras vous renvoient vers un glossaire si vous cliquez dessus, afin que vous puissiez comprendre de quoi je parle (on n'a pas tous fait "marin" en deuxième langue et rien n'est plus pénible que de lire un récit si on ne comprend pas tout...)

Après une nuit agitée au mouillage au Frioul (voir article précédent), et une deuxième heureusement plus calme, la météo s'obstine à nous ralentir. Si dans l'absolu nous aurions voulu atteindre Porquerolles mercredi ou jeudi, après avoir visité les calanques de Cassis, ce n'est pas réalisable sauf si nous naviguons par mauvais temps, et ça, ce n'est pas une bonne idée, surtout avec les enfants à bord. Les prévisions météo annoncent 3 jours de vent parfois fort et de pluie. Nous avons hésité sur le choix du port qui nous abriterait : nous aurions aimé nous avancer un peu vers notre objectif, et à la fois, quitte à être bloqués 3 jours, autant que ce soit dans un lieu que nous pourrons visiter à l'abri des intempéries.

Nous avons donc opté pour Marseille ! L'occasion de voir ma grand-mère et quelques sites remarquables, et c'est une pause bienvenue pour les enfants qui réclament déjà de rentrer à la maison. Ce lundi après le repas de midi, nous levons donc l'ancre, pour rejoindre au moteur le Vieux Port, dont nous sommes tout proche. La matinée était belle, Sylvain et Killian en ont profité pour se baigner dans les eaux limpides de la calanque, et le vent quasi-absent. Les turbulences s'annonçaient pour la nuit, mais nous voulions arriver au port en début d'après-midi.

Le temps de rejoindre l'entrée de Marseille, le vent s'est levé, à 10-15 nœuds, et de gros nuages sont apparus. Nous avons eu quelques sueurs froides devant le refus du Vieux Port de nous accueillir, faute de place disponible. On s'est rappelé à temps que Christian, notre chouette voisin de quai, nous avait dit qu'il fallait contacter la SNM (Société Nautique de Marseille), qui occupe une bonne partie du port en gestion autonome. Etrangeté locale, m'enfin, nous les contactons, et effectivement ils nous proposent une place.

On s’accoste au quai d'accueil, le temps qu'on nous attribue la place. Les nuages s'amoncellent sans qu'on y prête vraiment attention, on est pressés d'aller s'amarrer. La place est juste sur le ponton derrière nous, le vent est toujours calme. Mais voilà que le temps de reculer le bateau sur les 50m qui nous séparent de la place, une rafale nous projette littéralement sur deux voiliers à quai ! Leurs ancres s'emmêlent dans nos filières, et le safran semble s'être coincé sur l'amarre avant d'un des voiliers. On est bloqués, et un orage éclate ! Comme ça, paf ! Des éclairs de partout et une pluie diluvienne...
Killian passe l'appel radio pour demander assistance à la SNM, et l'aide de ce monsieur sera précieuse pour nous dépêtrer. On a enfilé rapidement nos vestes, mais sommes déjà moitié trempés, et en quelques minutes on fait "floc floc" dans nos chaussures. Nos vestes bas de gamme ne résistent pas longtemps à la pluie, et on est bientôt trempés comme des croûtons au fond d'une assiette de soupe, mais nous réussissons à amarrer et n'avons à déplorer comme seul dégât un chandelier plié (et mon genou droit bien endolori...). Sitôt la manœuvre finie, la pluie s'arrête, évidemment.

On s'entend dire qu'on aurait pu attendre que le grain passe avant de rejoindre notre place, oui, m'enfin pour ça, il aurait fallut qu'on le sente venir, et nous, nous sommes juste des débutants qui apprenons surtout de nos erreurs.

Il faut improviser un espace de séchage pour nos habits détrempés. On est heureux d'avoir notre radiateur électrique pour hâter un peu le séchage

On tente d'aller se balader un peu sur le Vieux Port, mais à chaque tentative il se remet à pleuvoir. Je doit avoir un contentieux avec un ou deux nuages rancuniers, mais je ne sais pas ce que j'aurais bien pu leur faire pour qu'ils mettent un tel enthousiasme à nous ralentir sans cesse... Ou peut-être que c'est juste l'automne en Méditerranée, et que c'est toujours comme ça ! 
Ce sera donc travail scolaire et jeux de sociétés pour le reste de la journée.

Le lendemain, mardi, on part visiter la ville avec les enfants, non sans avoir travaillé un peu le programme scolaire le matin. C'est jour de grève, la Cannebière est occupée par les manifestants et l'armada de services de sécurité qui les accompagne. On zappe donc. Mon genou, toujours enflé et douloureux, nous fait opter premièrement pour le petit train touristique. C'est parti pour un tour rapide de la cité, avec la halte incontournable à Notre Dame de la Garde. Du coup, pour le côté atypique de nos vacances, c'est franchement raté : on a fait les bons gros touristes ! Peu à l'aise dans les espaces citadins, j'apprécie la vue dégagée et l'air frais qu'offre la basilique. Nous déambulons à pied l'après-midi, avant de nous offrir une énorme glace artisanale sur le Vieux Port, et de visiter le musée de la Savonnerie. Intéressant, et le magasin qui le jouxte réjouit mon odorat autant que mes yeux.


La basilique, installée sur un piton rocheux à 149m d'altitude, domine toute la ville.

Le monument a été l'objet d'une longue rénovation, de 2001 à 2008, et en met "plein la vue".

Au rang des nombreux ex-voto, souvent des plaques de marbre placardées dans le monument (et hors du monument, maintenant, par manque de place) figurent aussi des maquettes, le plus souvent de bateaux que la Bonne Mère a "protégés". Ils sont suspendus dans la nef.

Sur le retour, on admire en marchant sur les quais du Vieux Port, d'incroyables voiliers, formidablement bien entretenus pour la plupart. C'est autre chose que les coques actuelles, mais un boulot d'entretien phénoménal pour lequel j'aurais bien du mal à signer.





La nuit, le Vieux Port reste actif, et bruyant. Les sirènes des pompiers résonnent régulièrement, faisant concurrence à la musique qui s'échappe des bars, et aux éclats de voix de piétons pas toujours de première fraîcheur. On n'a pas vraiment envie de s'y balader. A 2h du mat', je vois une course-poursuite de scooters sur les trottoirs, jouant au chat et à la souris avec la police qui patrouille. Je retourne vite au bateau.

Mercredi, c'est travail scolaire (laborieux...) puis visite chez ma grand-mère. La nuit a été très venteuse, même bien amarré le bateau valsait légèrement, au rythme des rafales et des courants. Difficile pour les enfants de se motiver à bosser, d'autant que la pluie ne cesse de tomber, ajoutant un peu de morosité à la fatigue générale de l'équipage. Nous rejoignons le quartier de la Rose en métro en fin de matinée, où ma grand-mère nous récupère, trop heureuse de nous recevoir (nous avons trop rarement l'occasion de venir la visiter). Un peu perdue sur le point de rencontre, j'avais demandé ma route à un utilisateur du métro, qui m'avait répondu "je sais plus"... Finalement, il a appelé sa femme pour avoir l'information, m'a rattrapée à la sortie du métro et m'a orientée ! Comme quoi, la gentillesse existe encore, même dans le métro marseillais !

Partie de "bombu"... Les jeux de cartes sont tout un symbole, dans ma famille.

Sylvain guette les prévisions météo plusieurs fois par jour, cherchant désespérément une fenêtre pour poursuivre notre route. Il semble que si nous quittons le Vieux Port, ce sera pour un autre port, mais pas encore de mouillage possible.

Jeudi, on part visiter le fort Saint Jean et le MUCEM, sur recommandations. J'embarque un pique-nique mais oublie... les couverts ! On n'en a sans doute que pour 20 minutes à retourner les chercher au bateau, mais ce sera plan B quand même pour le repas.

 On improvise des couverts avec le pain... Pas hautement pratique, mais suffisant !

 Le fort Saint Jean Garde l'entrée du Vieux Port.

 Le fort est magnifique, et très bien conservé. On manque hélas de temps pour aller découvrir son histoire.  Le MUCEM, ma foi, est... conceptuel. Et le temps qu'on comprenne le concept, étant entrés par un accès secondaire, on se retrouve premièrement dans l'exposition dédiée à Aï Weiwei, pour le moins surprenante.
On trouve finalement des expositions plus intéressantes pour les enfants, où l'on déambule un peu.


Le MUCEM, "musée des civilisations". En fait, il regroupe des expositions permanentes et temporaires. Si l'extérieur est clinquant, je n'ai pas aimé l'intérieur, tout de béton et sombre.

Mon oncle Frédo nous rejoint dans l'après-midi sur le Vieux Port, et nous emmène découvrir le vieux Marseille à pied. Des ruelles colorées, étroites et pittoresques tranchent vraiment avec les rues très passantes empruntées jusqu'alors. Les enfants sont récompensés de cette longue journée de marche par une glace, et on rentre en tramway.











La météo se lève enfin, pour 2 jours. Hop, on quitte le Vieux Port à la nuit tombante, et retournons au mouillage au Frioul ! Mais si le vent est tombé, la houle reste bien présente, et la gîte jouera avec le bateau toute la nuit. Ce matin, nous devrions pousser Heimoana vers l'est, pour nous rapprocher des îles d'Hyères.

lundi 8 octobre 2018

C'est parti !

Après avoir tergiversé un moment, nous avons choisi de repousser un peu la date de l'intervention et de rater un rendez-vous professionnel important pour pouvoir partir en vacances. L'idée était de partir au 1er octobre, comme prévu, et de faire un mini-trip avant l'opération. Maëlyss ne retourne donc pas à l'école ce lundi, et ses professeurs me font gentiment passer le travail qu'elle doit effectuer (j'avais complètement oublié de la faire radier de l'école, du coup, à la rentrée, elle était attendue, et finalement on trouve ça bien pratique, car ça l'occupera durant le temps où nous serons au chevet de Killian, à l'hôpital).

Bon, évidemment, nous n'étions pas prêts. Beaucoup de boulot tant professionnel que personnel, ainsi qu'une météo défavorable, ont décalé le départ. 

Jeudi 5, nous arrivons au bateau, et finissons de le charger, pour partir dès vendredi. Mais nous sommes arrivés en fin de journée, et il est déjà bien tard quand on s'aperçoit d'avoir oublié quelques choses importantes... Le vendredi est donc consacré à finir nos préparatifs et achats, et on se promet de partir le samedi.On laisse la VHF allumée, pour nous familiariser avec les communications radios et la réception des bulletins météo. Le premier message entendu, dès le jeudi, demande à tous les navigateurs d'effectuer une surveillance accrue, car un bateau est porté disparu depuis le 30 septembre. On est dans l'ambiance ! Et moi, qui depuis un an, résiste à l'envie de consulter les statistiques sur les disparitions en mer, craque pendant mon insomnie, et je trouve sur Internet un nombre : 300. Chaque année, en France, environ 300 personnes meurent ou disparaissent en mer. Mais je ne sais pas quel pourcentage cela représente. Puis je vois un autre chiffre : 50 000. C'est le nombre de signalement annuel de disparition d'enfants en France, sur 64 000 disparitions annuelles totales. Je relativise, et fini par m'endormir.

Je pensais naviguer vraiment tranquillement, genre 5h max de navigation par jour. Mais, frustrés par ce départ sans cesse repoussé, nous nous levons de bonne heure et traçons directement sur les îles du Frioul, dans le havre de Marseille. Départ à 8h40, mais il n'y a que très peu de vent, qui vient de face. Nous restons sous voile et moteur pendant 5h. Le voilier perd vraiment tout son charme, lorsqu'on est assourdis par un ronronnement sourd et bruyant ! On se rend compte que l'affichage du niveau de carburant ne fonctionne pas... Bon, on a fait le plein, 96 litres, mais on ne connait pas notre consommation réelle. On prend bien note de tout le temps de moteur, et on ira faire le plein à nouveau dès que possible pour avoir une idée réelle de notre consommation moyenne. Mais finalement, le lendemain, on trouve l'origine du problème et rétablissons l'affichage.

En début d'après-midi, le vent se lève enfin, au grand désespoir de Maëlyss car du coup, le bateau se met à pencher. Il ne gîte pas à proprement parler, mais il s'incline, sous la force du vent qui s'engouffre dans les voiles. Cela suffit à inquiéter notre petite princesse, et il faut la rassurer à renfort de câlins.

A l'approche des chenaux d'accès (voies de navigations réservées aux très gros bâtiments) de Fos, puis Marseille, nous apprécions d'avoir l'AIS, qui nous permet de bien anticiper le croisement des lignes de cargos et ferrys, et de mieux appréhender leur vitesse de route. En tout cas, quand il veut bien fonctionner... 

En fin de journée, les enfants sont littéralement roulés en boule sur le pont, près des filets de protection, car c'est, selon eux, "le meilleur moyen d'éviter le mal de mer" qui les assaille.

Nous nous rendons compte qu'en étant dans le cockpit (zone de pilotage sur le pont du bateau) nous n'entendons pas les messages VHF, même volume à fond, qui elle se trouve dans le carré. Il faut au moins être assis en haut de la descente pour espérer entendre quelques bribes, du coup, c'est pas hyper utile... Néanmoins, on entend une alerte météo : avis de grand frais secteur nord à nord-ouest dans la nuit sur la zone qui nous concerne. Je me demande s'il ne serait pas judicieux d'aller dans un port, mais Sylvain pense que le mouillage est bien orienté pour nous protéger du vent qui viendra du Nord Ouest, et après vérification sur Internet, le grand frais ne devrait durer qu'une heure et demi.

Ce n'est qu'à 19h20 que nous parvenons enfin à mouiller dans la calanque de Morgiret, sur l'île Ratonneau. Il y a déjà plusieurs bateaux, on se dit donc que ça doit passer. Mais en début de soirée, la plupart des bateaux quittent la zone, et nous sommes juste 2 voiliers à rester. La VHF continue de diffuser la disparition inquiétante du voilier, et les BMS (Bulletin Météo Spéciaux, quand les conditions de navigation deviennent un peu "tendues"), annonçant le coup de vent pour la nuit.

Nous sommes fatigués, et allons rapidement nous coucher. 

5h30 : nous sommes réveillés par un bruit sourd et Maëlyss en panique. Il y a une forte pluie, beaucoup d'éclairs, et surtout, dès que Sylvain met le nez dehors il voit qu'on est en train de décrocher ! Le grain est bien arrivé, comme annoncé, et nous sommes moins à l'abri que nous le pensions. Heimoana recule, poussé par le vent et la houle, droit sur l'autre voilier. Sylvain essaie de remettre le moteur en route, sans succès, mais heureusement Heimoana se déporte au dernier moment et évite la collision. Sylvain va en toute hâte jeter tout ce qui reste de chaine, car notre bateau s'approche maintenant rapidement des parois rocheuses. Je sors aussi, enfin, après avoir réussi à m'habiller un minimum, et réussis à redémarrer le moteur (encore une fois, c'était l'étouffoir qui posait problème...). Je mets les gaz juste un petit coup, mais la chaine fait son boulot, et Heimoana se stabilise à nouveau. Sous une forte pluie, je veux malgré tout aller raccrocher les pare-battages, car il me semble que nous sommes vraiment proches de l'autre voilier. Équipée du gilet de sauvetage et reliée à la ligne de vie, je m'y attelle, mais impossible de réussir le nœud de batelier, pourtant fort simple, qui sert habituellement à accrocher les bouées. Je râle sur mon étrange capacité à retenir des trucs absurdes, mais à oublier des choses utiles déjà apprises plusieurs fois, et fait des nœuds "à l'arrache" qui brûleraient la rétine de n'importe quel bon marin.


Heimoana au mouillage dans la calanque de Morgiret (Iles du Frioul)
La consigne générale est de toujours jeter 3 fois la profondeur. Nous mouillions à 6m, et Sylvain avait bien balancé 20m de chaine. Mais la force des éléments était telle que cela fut insuffisant, et nous nous réjouissons d'avoir racheté 50m de chaine, pour remplacer l'ancienne de 36m. C'est le poids de la chaine, plus que l'ancre elle-même, qui souvent stabilise le bateau.

Pendant ce temps, en bas, les zouzous vomissent et gémissent, entre 2 micro-sommeils. Sylvain reste assis en haut de la descente, pour ne pas quitter des yeux les mouvements du bateau, puis je le relaie à 7h30. Le jour se lève et le vent mollit un peu, mais je reste à mon poste, tout en relisant le chapitre météo du cours des Glénans. Je m'étonne de si bien résister au mal de mer, mais il faut bien avouer, j'avale régulièrement des comprimés contre le mal des transports.

Le réveil est un peu difficile pour tout le monde, et après un petit déjeuner qui nous remet de nos émotions, nous partons découvrir l'île Ratonneau. L'installation sur l'annexe, dans les vagues, et l'accostage sur galets sont un peu laborieux. Pieds et pantalons partiellement mouillés, nous trouvons malgré tout délicieux d'être sur la terre ferme.


Port du Frioul. Il est situé entre les îles Ratonneau et Pomègues, qui ensemble et avec deux autres îles, constituent ce qu'on connait mieux sous le terme "îles du Frioul"

Pendant des siècles et jusqu'à assez récemment, l'île de Ratonneau été un avant-poste militaire de choix pour défendre la cité phocéenne. Aujourd'hui, les vestiges de ces constructions défigurent franchement le paysage brut et sauvage des îles.

 Chateau d'If, et vue sur Marseille, écrasée sous de lourds nuages.


 Vue sur l'île d'If, depuis Ratonneau.

La météo, assez calme lundi soir, devrait à nouveau être pénible pour les 3 jours suivants. Sagement, nous optons pour une nouvelle nuit au mouillage, mais lundi nous gagnerons le port de Marseille, car quitte à être bloqués 3 jours, autant que ce soit dans un lieu ou on puisse visiter des sites sympas à l'abri du vent et de la pluie.

Nous déplaçons donc Heimoana sur un autre mouillage, pour être plus à l'abri d'un vent qui passera secteur Nord Est.


Heimoana au mouillage dans la calanque de Morgiret

Nous voilà pour la nuit de dimanche au mouillage sur l'île de Pomègues, directement face à Marseille. 
Le vent est totalement tombé, du coup, ce sont les courants résiduels qui nous ballotent, mais ça va. Tout le monde commence à s'habituer au tangage, et on espère que les enfants soient bientôt débarrassés du mal de mer. 

En fin de journée, nous partons donc faire une balade sur Pomègues, qui fut par le passé plus une île sanitaire que militaire (mise en quarantaine des navires ayant des malades à bord...). Le soleil se montre enfin franchement, et la découverte est agréable, d'autant que nous ne croisons presque personne.


Heimoana au mouillage au rocher de la cheminée, sur l'île Pomègues

 Notre Dame de la Garde, qui veille sur les marins





 On finit la soirée devant un bon film, et avec des pop-corns ! (qui auraient été meilleurs si j'avais pensé à embarquer du sucre...)

Le matin, nous sommes réveillés par des zouzous surexcités ! Ils sont sur le pont et ont vu beaucoup de méduses et de beaux poissons bleus-argentés. Les méduses font une vingtaine de centimètres, et certaines sont parsemées de points rouges, c'est très beau (mais difficile à prendre en photo...) !



L'eau est transparente, magnifique ! On voit le fond, malgré les 10 mètres de profondeur. Dommage qu'on ait aussi vu du plastique flotter...

Cet après-midi, direction le Vieux-Port, ou on espère avoir une place.

lundi 24 septembre 2018

Attendre, réfléchir, caréner... et enfin partir ?

Passé le choc de l'annonce de la récidive de la tumeur, et l'éclat en plein vol de notre projet sur le point de se concrétiser, il nous faut réfléchir et trouver comment sauver, ne serait-ce qu'un peu, notre voyage.




Le sea trip aux Antilles semble définitivement impossible : nous disposons de 8 mois maximum, or, il faut compter presque 5 mois pour l'aller-retour. Ca nous laissait 3 mois pour faire le tour de toutes les belles îles paradisiaques de l'archipel. Mais si l'opération est prévue fin octobre, et qu'il faut encore attendre le scanner de contrôle à 3 mois, ça rentre pas...

Faire la transatlantique aller, puis le retour en avion en laissant Heimoana jusqu'à l'année prochaine, ça implique que l'année prochaine nous ayons à nouveau 3 mois de libre pour faire le retour. Or, nos amis qui nous remplacent pour la gestion de l'entreprise se sont engagés pour 14 mois (de juillet 2018 à août 2019, pour nous aider sur 2 saisons estivales et gérer la morte saison). S'ils veulent rester plus, ce sera bienvenu, mais on ne peut décemment pas leur imposer ce choix, et le coût du port là-bas est très hors budget de toutes façons.

Faire convoyer Heimoana par un skippeur : là encore, le coût risque d'être largement au-dessus de nos moyens, et je serai extrêmement frustrée si je ne fais pas au moins une des deux traversées.

Bref, on regarde un peu tristement s'éteindre notre grand projet, celui qui méritait une médiation sur Internet via un blog sympa, et on va se rabattre sur des destinations beaucoup moins exotiques, mais néanmoins dépaysantes ! Puisque l'opération est plus loin que ce que nous avions espéré, pourquoi pas partir le 1er octobre, comme prévu, même pour 2 petites semaines ? Ca nous laisse comme option l'Espagne ou la Corse, mais Maëlyss refusant catégoriquement la traversée pour la Corse, ce sera l'Espagne. Si certains parmi vous connaissent des endroits atypiques et peu touristiques sur la côte Est, on est preneur !

Après l'opération, nous verrons bien, selon l'état de santé de Killian et les contrôles nécessaires, ce que nous pourrons envisager.

Le 11 septembre, il était prévu de sortir le bateau pour le carénage. Nous nous étions posé la question de le maintenir ou non, et finalement nous l'avons fait sortir comme prévu. Le boulot est parfait pour se changer les idées, et j'avoue que je n'avais pas bien mesuré à quel point j'allais pouvoir occuper mes pensées !

Le carénage consiste à nettoyer et repeindre la partie immergée de la coque (qu'on appelle la carène) et l'hélice. Soit quelques heures de boulot par jour pendant 3 jours et basta.
Nous savions que les côtés de la coque étaient dans un état plutôt tristounet, et qu'il serait bien de les retoucher un peu pour améliorer l'esthétique du bel Heimoana, et nous avions également prévu ces petits travaux de ponçage.
Toutefois, une fois le bateau sur cale, l'état de la coque nous est apparu dans toute son horreur. En regardant de près, nous avons constaté que pas un mètre carré de coque n'était épargné : il y avait certes de nombreuses réparations façon "plâtrage à la truelle" absolument dégueulasses, mais aussi d’innombrables traces de coulures d'une précédente peinture de la coque. Partout, partout. Quant-aux bandes noires sur le bas de la coque, elles étaient énormément scotchées, et sous chaque bout de scotch, une rayure ou un trou ! Nul doute qu'un (ou plusieurs) des précédents propriétaires avait plus de plaisir à naviguer qu'à chouchouter ce bateau, dont les réparations sont plus dignes d'un maçon aveugle et manchot que d'un carrossier amateur.

 De loin, la coque est déjà vraiment pas terrible... 

... mais de près, ça frise le cauchemar !

Le choix est vite fait de repeindre entièrement la coque, après effaçage méthodique de ses centaines de cicatrices. L'enthousiasme débordant d'un voisin de chantier nous réchauffe le coeur : "pfiou ! C'est un boulot de titan, vous en avez pour des semaines... Jamais vu une coque aussi moche... Vous êtes sûrs de vouloir faire ça ?". Et je crois que même les vendeurs m'ont regardé avec un brin de pitié pour la pauvre inconsciente que j'étais de m'attaquer à si gros pour un premier carénage.

Bref, j'ai désespérément besoin de m'occuper l'esprit, car l'annonce de la tumeur de Killian est trop fraiche, et j'ai une tendance naturelle à faire ce que je veux quoi qu'en pense les autres, alors je persiste dans ma folie. Sylvain doit encore bosser au camping, mais j'avais sollicité mon père pour m'aider, lui vendant du rêve, au départ, en parlant de 3 petits jours de boulot.

J'avais pensé commencé par la carène pour m'en débarrasser, mais les travaux au-dessus risquaient de la salir, on n'a donc fait que la première couche, gardant la deuxième pour la fin des travaux. le nettoyage de l'hélice, assez laborieux, a été réalisé par mon père, et à suscité toute l'admiration des matelots autour : "houlà, fallait pas vous embêter autant ! On la dirait neuve..."

 Tout le monde s'y met ! (enfin, un peu...)

 L'ancien proprio (ou LES anciens) réparait tous les accros sur la bande noire avec... du scotch ! 
What else...

Puis nous avons attaqué la préparation de la coque : enlever tous les scotchs et autocollants, poncer, reboucher, reponcer, trouver de nouveaux défauts, puis poncer encore. C'est au bout de ces deux jours et demi à respirer de la poussière que j'ai mesuré l'infinité de l'amour paternel, et sa patience hors-normes ! Chaque fois qu'on s'arrêtait, pensant avoir fini et fiers de notre travail, on découvrait de nouveaux défauts... et c'était reparti pour un tour de ponceuse / gel-coat / ponceuse !

Au 5e jour de boulot, nous avons enfin appliqué la sous-couche ! O joie indicible ! Il y a encore quelques petits défauts, de ceux qu'on ne voit que quand on a le nez dessus, mais je suis réaliste : personnellement, je ne vois quasiment jamais ma coque, et ceux qui la regardent la voient toujours de loin, et se moquent sans doute comme de l'an 40 de son état.  Je l'accepte de bonne grâce, puisque je me fiche aussi totalement de l'état des coques des nombreux voiliers que je croise et ne connais pas... Et honnêtement, ils sont à peine perceptibles. En plus, comme on finira, nous aussi, par égratigner la coque plus ou moins régulièrement, c'est pas la peine d'atteindre une perfection qui ne sera qu'éphémère.


J'ai mal partout, et je pense que mon père aussi, mais voir cette belle coque toute blanche nous aide à rester motivés.
Le voisin de chantier enthousiaste a fini son carénage et remis son bateau à l'eau, mais il continue à rôder dans la zone, viens voir l'avancement de nos travaux et mesurer l'humeur des troupes ! Je ne connais toujours pas son prénom, mais il m'a piquée au vif, et j'espère qu'il viendra quand on aura fini et qu'on l'impressionnera au moins un tout petit peu !

Il y a beaucoup de promeneurs dans la zone technique (qui pue l'essence, les produits chimiques qui peuvent te filer un cancer rien que si tu les regardes dans les yeux et qui est parsemée de déchets de mer décomposés et malodorants, m'enfin, chacun son truc...). L'un d'eux, aussi propriétaire d'un feeling 1090, m'a lancé un regard énigmatique quand il a compris qu'on ne referait pas la coque à l'identique. Peut-être qu'il jugeait que je méritait le bûcher de dénaturer ainsi l'âme du 1090, et qu'il suppliait silencieusement la foudre de s'abattre immédiatement sur ma tête... Il faut savoir que c'est un modèle qui a eu beaucoup de succès, et qu'il y a des sites dédiés à ce bateau spécifique, avec des tutoriels pour pouvoir toujours le restaurer parfaitement dans ses couleurs les plus originelles possible. Mais personnellement, j'ai pas cherché à acheter CE bateau-là, moi je voulais juste un 3 cabines confortable, et je trouve l'idée de la bande noire à cette hauteur fort peu adaptée à mon stationnement face à des bateaux à moteurs, qui rivalisent d'ingéniosité pour dézinguer les coques de tous les voiliers du quai... Je les imagine parfois esquisser un sourire sadique dès que le vent se lève, ou que le courant est fort, et pointer le plus possible leurs couteaux aiguisés pour choper les coques des imprudents. D'après les voisins, tout le monde sur le quai s'est empalé au moins une fois sur les bateaux moteurs, et au vu du nombre de "réparations" au scotch sur Heimoana, lui a dû y finir un sacré nombre de fois !

Nous avons opté pour une peinture bi-composants, à priori plus résistante dans la durée que la mono-composant. Plus chère, aussi. On redoutait une application plus difficile (il faut être très rigoureux dans le dosage des produits à mélanger), mais finalement on s'en est pas trop mal sortis. Sauf sur la jupe (arrière de la coque, qui comprend les marches), ou étonnamment la peinture n'a pas eu le rendu brillant de partout ailleurs. 

Si pendant un moment l'idée de peindre moi-même m'a bien titillée, finalement, l'option "achat de stickers" m'a paru nettement plus simple ! En un tour sur Internet, Sylvain dégotte des stickers de folie, le choix en est même difficile ! 

Un nouveau bateau a fait son apparition sur la zone technique, non loin du notre, et nous lions rapidement amitié avec l'adorable propriétaire, Laurent. C'est mon premier carénage, lui me dit que c'est sans doute son dernier (à 71 ans, je comprends aisément...). Mais des idées d'aller en convoi en Espagne nous titille, on va se programmer ça si on peut. 

Par chance, les copains sont venus nous aider le dernier jour, car nous sommes un peu courts sur le timing pour la remise à l'eau. Dany a d'ailleurs été d'un soutien considérable sur le plan logistique pendant toute la période des travaux, gérant ma louloute et les repas. Merci !




L'application des stickers reste un peu délicate, et ne sera pas parfaite, le support n'était pas ultra-lisse (et les sujets un peu grands, il faut bien dire !). L'ancienne bande noire du haut de la coque reste un peu visible par relief, insuffisamment poncée. Je me mets donc en tête de remettre une bande de même taille au même endroit. M'enfin, celle qui me plait est plus large, et l'application de la première bande est si irrégulière qu'il est impossible de la suivre ! Je m'arme de mon mètre pour rester à égale distance du haut de la coque, et je pose tantôt au-dessus tantôt au dessous du tracé de l'ancienne bande. Avec un écart de bien 10 cm ! C'est dur de poser bien droit, mais il m'était impossible de faire pire, même en fermant les yeux. Alors c'est toujours mieux qu'avant...

Sylvain nous rejoint aussi, et s'attelle a des réparations et entretien qui trainaient encore : démontage et graissage des winches, réparation de la fermeture éclair du lazy bag, système efficace pour bloquer les coulisseaux de la grand-voile (non retenus, les coulisseaux sortent du rail du mât, et la voile s'échappe... ).

Killian met la main à la patte, et s'applique au montage des winches. 

Pour ma part, je me suis appliquée à bien respecter les consignes d'application de la peinture spéciale pour l'hélice, qui nécessite des temps de séchage et un délai de mise à l'eau précis et courts. J'ai flingué un pinceau à chaque couche, pensant que le nettoyage des outils se faisait au white spirit, mais non ! Cette peinture est tellement tenace que j'en ai encore sur le corps 4 jours après avoir fini, et c'est pas faute de frotter ! Puis on réinstalle les anodes : anneaux en zinc dont la fonction est de protéger de la corrosion électrolytique les éléments du moteur, qui sont en aluminium, inox, étain ou cuivre. Il est extrêmement important de les changer chaque année par des neuves, et de ne point les peindre, ni les surfaces métalliques à leur contact.


Puis, comme on a eu peur de s'ennuyer, et aussi parce que l'état piteux des boiseries de la descente l'imposait, nous avons décidé de décaper et revernir l'escalier qui amène au carré. Pour le coup, vous verrez les photos ultérieurement, car ce boulot-là n'est pas fini !

Il fut remis à l'eau vendredi dernier, il faut maintenant terminer la restauration de la descente, puis le charger pour le départ.


D'ici quelques jours, nous prendrons très modestement la mer, pour un court séjour. La destination fut l'objet de discussions houleuses, car Maëlyss a décidé que vraiment, elle ne voulait pas faire du bateau ! Notre tout premier court voyage en famille sera donc pour Porquerolles, où nous espérons une météo encore clémente début octobre.

vendredi 7 septembre 2018

Storm, again...

Dans le précèdent post, j'évoquais l'attente de quelques réponses avant la validation du Grand Départ. Le résultat des examens médicaux de notre fils en faisait partie. Il a été opéré d'une tumeur cérébrale en novembre dernier, et il était indispensable que ses examens de septembre soient parfaits pour envisager notre voyage aux Antilles.

Mais voilà, la Vie fait ce qu'elle veut, on ne peut avoir le contrôle sur tout. Et le dernier scanner montre que sa tumeur, que nous pensions totalement éliminée, a finalement pris ses quartiers sur l'os crânien de Killian. Même si à l'heure actuelle on ne peut évidemment pas confirmer que c'est bien cette même fichue tumeur, il n'en reste pas moins que les images montrent un os crânien sur-épaissi, et sur lequel s'est installé un tissu quelconque qui n'a rien à faire là.

Nous savions depuis le mois de mai que l'os avait sur-réagi, nous sentions sous nos doigts parcourant sa tête sensible la vilaine bosse qui avait fait détecter la première tumeur se reformer. Le scanner passé en urgence n'avait alors rien mis en évidence, il fallait attendre et surveiller l'évolution. Nous avions espéré très fort qu'il ne s'agisse que d'une réaction de reconstruction excessive de la part de l'os, suite au "rabotage" dont il avait fait l'objet. Nous avons continué à planifier notre périple, croyant à notre bonne étoile et voulant provoquer notre chance.
L'optimisme est une excellente thérapeutique, mais il n'est pas magique.

Je m'étais persuadée que tout allait bien. Je savais que la tumeur opérée en novembre, de grade 3, était relativement agressive, et que nous la verrions sans doute réapparaitre, un jour. Mais pas si vite. Et si la première fois son évolution avait été très lente, elle semble, cette fois-ci, extrêmement rapide.

Je suis figée, dans le bureau du chirurgien, devant ces images qui me sautent à la gorge. J'en veux terriblement à mes mains, qui m'ont menti.  Je croyais que la bosse avait cessé de progresser depuis quelques semaines.  Je me rassurais de cela, mais je projetais tellement dans notre voyage que peut-être mon cerveau m'a laissé croire ce que je voulais, se disant que j'aurais bien le temps, après des semaines perturbées (pour d'autres raisons), d'admettre la difficile réalité. Le chirurgien tourne, retourne le scann et l'IRM sur l'écran, sous divers angles, pour mieux voir cette nouvelle masse qui se love presque amoureusement dans l'os déformé du crâne de mon enfant. Je sens Killian, sur le siège d'à côté, se décomposer lentement, mais il reste stoïque face à la situation. Il ne dit rien, encaisse, retient les larmes qui tentent une sortie intempestive. Il me dévisage, parce que si je pleure, alors il pourra s'autoriser à pleurer. Moi aussi, je retiens mes larmes, mais je sais que j'ai les yeux brillants. On prend le temps d'un câlin, que le chirurgien respecte en se plongeant silencieusement dans le dossier.

Le médecin nous explique, patiemment, malgré l'heure tardive, tout ce qu'il prévoit (il était en retard sur tous ses rendez-vous, ayant été retenu au bloc opératoire plus longtemps que prévu, et s'en est excusé. Cela m'a semblé absurde : on ne s'excuse pas de prendre le temps de sauver la vie d'un enfant ! Mais l'agacement de certains parents en salle d'attente me fit percevoir que parfois les hommes ont la mémoire courte, ou le nombril proéminent, et ce pauvre chirurgien a bien dû recevoir une remarque ou deux assez salée, ça me consterne...). En même temps qu'il explique, mon cerveau dessine dans mes pensées : la cicatrice réouverte, l'os déformé, la craniectomie, mon fils de 12 ans sous le champ opératoire avec un tuyau dans la bouche, des perfusions de partout, ses beaux yeux fermés. J'essaie de contenir toutes les émotions qui montent tel un volcan, brûlant à l'intérieur, sur le point d'exploser. La peur, la colère, l'incompréhension , l'impuissance, le vide. Il faut chercher, tout au fond, la force de se lever de cette chaise en plastique inconfortable, dire "merci, au revoir", puis serrer Killian fort dans mes bras, en lui disant "ça va aller, tu as entendu ? Il a dit que cette opération serait plus facile que la première".

Encore une fois, je vais devoir lutter incessamment contre les pensées funestes qui m'assaillent. L'idée que mon enfant pourrait mourir si jeune me hante. J'ai beau la repousser de toutes mes forces, elle revient, tel un spam, que rien n'arrête : ni le désabonnement, ni la signalisation en "indésirables".

Pourquoi étaler mes émotions ici ? J'avoue que j'en sais trop rien. Peut-être parce que vous êtes maintenant nombreux, familles, amis et connaissances, à guetter les nouvelles d'une aventure qui n'aura pas lieu, en tout cas qui ne sera pas celle tant espérée, alors autant vous prévenir tout de suite.  Peut-être aussi parce que si lors de la première intervention chirurgicale nous avons fait preuve de plus de pudeur, aujourd'hui c'est différent. L'angoisse qui va nous étreindre, les hauts, les bas, les nuits sans sommeil, on les connait bien. On sait que ça va être dur, mais qu'on va faire face. 
Aussi parce que de très nombreuses personnes sont au courant pour l'état de santé de notre enfant. On me demande régulièrement des nouvelles, et plusieurs de nos clients étaient au courant du rendez-vous de contrôle. Ils sont venus, le lendemain, me demander le résultat. Certains ont pleuré avec moi.
Et puis, écrire a toujours été pour moi une façon de gérer mes pensées et mes émotions. Depuis enfant, j'écris pour me comprendre, pour analyser et canaliser. J'écris dans des cahiers, sur des lettres que je brûle, j'envoie des mails sur des boites fantômes que personne ne lira jamais. Alors, sur un blog, après tout, pourquoi pas.

J'attends surtout pas de pitié, ça m'agace, et encore moins de condescendance, ça m'insupporte. En revanche, un petit mot d'encouragement est toujours bienvenu, un câlin ou une tablette de chocolat aussi. Ce sont mes anti-dépresseurs naturels... Nous avons eu beaucoup de soutien lors de la première hospitalisation de Killian, et cela nous a vraiment portés. On me dit parfois : "je sais pas quoi te dire", et honnêtement, ça me suffit. Je reçois l'intention et l'affection, c'est suffisant pour renouveler mes forces.

J'espérais que ce post annoncerait le pot de départ avec les copains, fin septembre, mais non. Il faut reporter ce voyage tellement attendu, le modifier aussi. Il faut surtout s'y accrocher, de toutes nos forces. Il faut aussi, bien sûr, remettre les choses en perspective et rationnaliser : on va enlever cette tumeur, après ça ira. Il y a des maladies tellement pire, des situations de vie tellement plus dramatiques que je ne cherche pas à me plaindre. On n'est pas sur un bateau dans la clandestinité, entassés comme du bétail, à nous regarder mourir dans l'indifférence générale, alors qu'on cherche juste à survivre.  On ne connait pas le nettoyage ethnique, et son lot de cruautés qui révulsent le cœur. On n'est pas persécutés pour une bête question de croyance religieuse. C'est dur de voir son enfant souffrir, c'est sûr. Mais on va gérer. Ensuite, on fera un beau voyage avec Heimoana, même s'il est court, même s'il faut choisir une destination plus modeste, et ce sera parfait !

mardi 4 septembre 2018

Préparation du grand départ

Nous n'avons encore aucune certitude quant-au trajet de notre voyage, attendant encore des réponses, néanmoins, nous préparons notre bateau comme si nous partions aux Antilles, ce qui est prévu depuis déjà plusieurs mois.

L'équipement de notre bateau avance. Nous avons :
- fait installer des panneaux photovoltaïques et une éolienne, sur un nouveau portique,
- fait installer la capote de descente (bâche sur structure inox qui protège l'ouverture du bateau du soleil et de l'eau, et offre un peu d'ombre)
- fait changer les batteries pour de plus performantes,
- fait changer la VHF pour un modèle incluant l'ASN,
- fait installer l'AIS

 Panneaux photovoltaïques, éolienne et capote de descente (crédit photo : Pierre LAGARDE)


Les techniciens  ont également amélioré le système de démarrage du moteur, résolu le problème du démarrage aléatoire du frigo et changé tout ce qui foirait dans le tableau électrique. Un immense merci à SUN MARINE Port Camargue, à Antoine pour ses efforts financiers sur un lourd devis, et à tous les techniciens pour leur disponibilité et leur compétence !

Nous avons aussi refait l'étanchéité sur presque tous les hublots et fenêtres du bateau, et j'en ai profité pour restaurer une partie des boiseries intérieures, qui étaient rongées par l'humidité et les moisissures. Ça me brûle déjà moins la rétine quand je suis dans le carré, mais je veux aussi restaurer la descente, et c'est un gros morceau !
Hublot déposé, et reposé avec un joint d'étanchéité silicone.

Panneau intérieur bien attaqué par les infiltrations d'eau... 

Plusieurs de ces panneaux intérieurs ont été décapés, poncés, dégrisés, teintés et revernis (4 couches !). L'aspect en est franchement amélioré !

Panneaux restaurés. Il reste par endroit de légères marques, souvenir des infiltrations, mais ça ne choque pas.

Restent encore quelques équipements et travaux à prévoir. Dans une semaine, Heimoana ressort pour son carénage, et il faudra s'activer pour finir les réparations que l'on souhaite.

Si la transat' se confirme comme prévu, nous avons aussi déjà trouvé un chouette équipier qui nous rejoindra pour nous aider à la navigation (et nous permettra de dormir plus entre 2 tenues de barre, ô joie !!).

L'intendance s'organise aussi doucement. D'ici notre arrivée dans les Antilles, il y aura environ 2 mois de navigation, avec certes pas mal d'escales, mais aussi de longues périodes sans avitaillement. Vu le faible espace de stockage de notre bateau, l'optimisation est incontournable. Pas question de se charger de conserves : trop lourd, trop de déchets à conserver à bord (parce qu'il n'est pas question de balancer nos poubelles dans la mer, nan mais oh !), il faut trouver autre chose. Il faut aussi absolument prévenir le pourrissement induit par l'humidité conséquente à bord d'un bateau. Du coup, on a opté pour la déshydratation et mise sous vide de la nourriture.
 Avec des matériels de compétition issus de chez TOM PRESS, les enfants et moi faisons sécher fruits et légumes, avant de les mettre sous vide. Et parce que chaque cm² compte, on ouvre même les sachets de cacahuètes, pleins d'air, pour les reconditionner sous vide. Pour l'instant nous sommes sur les fruits : figues, prunes, pommes, raisin... Puis on attaquera sous peu la déshydratation des courgettes, aubergines et carottes coupées en cubes, qui serviront à la préparation de ratatouilles et poêlées de légumes.
Le déshydrateur sera impossible à embarquer, en revanche, je vais vraiment essayer de trouver la place pour la machine de mise sous vide, qui nous permettrait de conserver fruits et légumes frais plus longtemps après chaque avitaillement.

Déshydrateur pour fruits et légumes de chez TOM PRESS (accueille jusqu'à 12 plateaux simultanés, mais j'ai pas autant de trucs sous la main ! 😂)


On portionne en fonction des produits, des besoins, et on met tout sous vide, le but est de gagner le maximum de place !


Bref, on est à moins d'un mois du départ, et il nous faut :
- vider la maison  pour la laisser à nos amis (qui nous remplacent au boulot)
- caréner le bateau
- finir les petits travaux d'entretien et réparations restantes
- installer un dessalinisateur (quand on en aura trouvé un d'occase...)
- obtenir la looooongue ordonnance de tous les produits médicamenteux nécessaires "en cas de" (antibiotiques à large spectre, anti-inflammatoires, antipyrétiques, de quoi recoudre une plaie béante...), et sélectionner les huiles essentielles principales à embarquer.
- démarrer les cours par correspondance des enfants (je suis toujours en attente de l'accord de l'Inspection Académique, mais il faut bien avouer que je m'y suis prise super tard)
- acheter le matériel de loisir manquant (et en quémander un peu à droite à gauche, on a des supers potes qui nous proposent gentiment GoPro, matériel de plongée... Merci les copains !)
- charger le bateau (et réussir à tout y rentrer !)

On est carrément à la bourre, mais on va dépoter !  (on y croit, en tout cas...)